Le berceau de l’automobile parie sur les emplois verts

D’énormes morceaux de métal posés sur le sol attendent d’être découpés. Ils deviendront des moyeux d’éoliennes. Dans cette usine de pièces détachées automobiles, comme dans tout l’Etat du Michigan (nord des Etats-Unis), on compte sur l’industrie «verte» pour sauver une économie sinistrée.
A part la taille des pièces, monumentale, la construction d’éoliennes n’est pas très éloignée de la fabrication des pièces détachées siglées Dowding Industries. Si ce n’est que l’entreprise pense que le vent, lui, a un avenir.
Avec l’industrie automobile, «on était en train d’être mis sur la touche il y a dix ans. On a compris que c’était plié», explique le patron de la société, Jeff Metts.
Le vent, par contre, est un secteur «vraiment enthousiasmant», ajoute-t-il. Les «métiers verts» créés dans les installations de ce type pourraient bien assurer la survie de cette région, surnommée la «ceinture de la rouille» à cause de sa pléthore d’usines désaffectées. Berceau des trois grands constructeurs américains (Ford, General Motors, Chrysler) mis à mal par la crise, le Michigan est déterminé à capter le maximum de ces «jobs verts». Jennifer Granholm, qui gouverne l’Etat, s’est rendue dans le monde entier pour attirer les entreprises. Elle fait miroiter l’expérience du Michigan en matière d’industries de pointe et aussi sa localisation au cœur des Grands Lacs, qui le relie aux grandes voies maritimes mondiales.
Objectif : devenir un pôle de production pour les entreprises qui utilisent les énergies solaire, éolienne et géothermique, l’hydrogène et les moteurs électriques ou hybrides.
«Nous avons les usines, les infrastructures qui peuvent transporter les éoliennes, les fournisseurs qui sont prêts à fabriquer les composants nécessaires et la main-d’œuvre adaptée», a-t-elle fait valoir lors d’une conférence sur les «emplois verts» que l’Etat a organisée en mai.
Le Michigan a déjà remporté des victoires. General Electric, Johnson Controls et Ford ont annoncé qu’ils allaient investir dans la région dans les logiciels ou les batteries. L’Etat compte 80 entreprises liées au vent et à l’énergie solaire. Mais plusieurs contrats potentiels sont tombés à l’eau faute de financement. Et même si le Michigan a des atouts, il est confronté à la concurrence d’autres Etats, observe Mark Partridge, économiste à l’Université de l’Ohio.
«Tout le monde recherche le Graal mais peu d’entre eux vont y arriver», explique-t-il. «Pour que l’énergie verte émerge, elle doit être compétitive et ne peut pas donc pas générer un grand nombre d’emplois».
A Eaton Rapids, une petite ville proche de Detroit, Dowding a dû récemment licencier près de la moitié de ses 265 employés face à la chute des commandes de pièces détachées d’auto et de moteurs. Et même si l’équipement de 10 millions de dollars pour la fabrication d’éoliennes devait fonctionner à plein, il ne remplacera jamais ces emplois ni les centaines de milliers d’autres qui ont été détruits dans le Michigan quand les usines de voitures ont commencé à fermer.
Le président Barack Obama souhaite que l’énergie éolienne génère à terme au moins 20% de l’énergie domestique. Mais les bons de commande pour les éoliennes font défaut chez Dowding. Dowding a par ailleurs besoin de 100 millions de dollars de prêts alors que les banques sont toujours ébranlées par la crise et que les aides gouvernementales restent difficiles à obtenir. En tous cas aux Etats-Unis. «La Chine nous a appelés pour dire qu’ils financeraient tout le projet si on venait s’installer chez eux», affirme M. Metts.

Mira Oberman (AFP)

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