Le diplôme n’est pas une garantie d’emploi

Les relations entre les entreprises et les jeunes diplômés n’ont jamais été tendres. Encore moins aujourd’hui. Chez les décideurs économiques, la course à la compétitivité impose des contraintes en termes de recrutement et de gestion des ressources humaines.
Si du côté des patrons, on remet en cause le manque de pratique professionnelle qui fait défaut chez les nouvelles recrues -rentabilité oblige-, les jeunes diplômés déplorent, de l’autre côté, l’attitude des entreprises qui ne leur accordent pas le temps nécessaire pour faire reconnaître leurs atouts. Peut-on alors parler de fossé ? La question divise les uns et les autres. Pour Essaîd Bellal, directeur général du cabinet de recrutement Diorh, il s’agit plutôt d’une incompréhension. Selon lui, l’origine du problème, est liée au fait que les jeunes recrues croient que le fait d’être diplômé et de maîtriser les dernières techniques dans un domaine particulier est suffisant pour se frayer un chemin sur le marché de l’emploi. Ce qui manque souvent aux nouvelles recrues, c’est surtout la formation au niveau comportemental, souligne M. Bellal. Et d’ajouter que ce déficit concerne beaucoup plus les universités que les écoles privées. Selon le patron de Diorh, «seule la capacité du jeune diplômé de s’adapter lui permet d’évoluer au sein de l’entreprise et de faire valoir sa compétence. Ceci ne l’empêche pas de prendre l’initiative».
Incompréhension ou pas, tous les indicateurs laissent croire que la participation des jeunes au marché du travail est timide par rapport à ce qu’elle devrait être. Certes, on ne dispose pas de chiffres sur l’évolution du recrutement des jeunes diplômés, mais c’est du moins l’impression générale qui se dégage. «De toute façon, les entreprises n’ont pas trop le choix. Elles doivent s’adapter à la nouvelle donne : il y aura de plus en plus de jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi», relève M. Bellal. Et de préciser que «les diplômés des grandes écoles ayant poursuivi des stages et développant des activités associatives n’auront pas de difficultés à décrocher un poste de responsabilité».
S’il y a fossé entre les besoins de l’entreprise et les aspirations des jeunes diplômés, celui-ci risque de se creuser davantage, compte tenu de la conjoncture économique actuelle. Les entreprises ont tout intérêt à ce que ce décalage ne soit pas répulsif sur les jeunes cadres. Pour éviter les erreurs de «casting», plusieurs PME recourent à l’instar des grandes structures à des procédures élaborées de recrutement (via parfois des cabinets spécialisés), à travers notamment plusieurs épreuves d’évaluation. Aujourd’hui, c’est le savoir-être qui est recherché. Le diplôme ne représente plus une garantie aux yeux de plusieurs employeurs. Ce sont là des considérations de taille que les nouvelles recrues doivent prendre en considération. Si, le marché de l’emploi dans certains secteurs n’est pas porteur, il offre toutefois aux jeunes diplômés de vraies perspectives.
A titre d’exemple, dans l’industrie des technologies de l’information et la communication et du tourisme, des nouveaux métiers se profilent. Encore, faut-il que nos diplômés soient mobiles. Il se trouve que ce critère, devenu de plus en plus important, n’est pas encore dans les moeurs, constate un responsable de ressources humaines. Côté rémunération, les ambitions des jeunes diplômés doivent être revues à la baisse. Il s’avère que la marge de négociation est étroite. Du côté des entreprises, il ne faut pas non plus profiter de la conjoncture. Elles sont censées propose des contrats «gagnant-gagnant». C’est aux managers de leur donner l’envie d’opter pour une telle ou telle structure et surtout de ne pas regarder ailleurs. Encore une fois, les premiers pas dans l’entreprise sont souvent décisifs à plus d’un titre. L’effort des managers doit avant tout porter sur la bonne intégration des jeunes recrues.
L’essentiel est de lever tous malentendus. L’image qu’ont les entrepreneurs des jeunes diplômés ne correspond pas souvent à la réalité. Il est vrai que ces derniers ont du mal parfois à structurer des plans et à construire un projet valable, encore moins à produire une action dans les règles, mais ce n’est pas une raison pour ne pas leur accorder une chance. Si le diplôme a perdu de son prestige auprès des recruteurs, ces derniers souhaitent que les jeunes soient mieux préparés à l’action, capables à transformer rapidement les connaissances théoriques acquises en compétences sur le terrain.
Certains patrons restent encore convaincus que c’est en mettant la pression que les jeunes diplômés arrivent à digérer le métier. Ils risquent de faire fuir les meilleurs éléments. Profiter des jeunes pour réduire les charges est une pratique courante. Mais ce n’est pas une solution valable pour l’entreprise à long-terme.

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