Le Fortex piétine

Plusieurs mois après son lancement, le Fortex, fonds dédié à la mise à niveau des textiles, est toujours sur le tarmac. A l’amith, la désillusion est perceptible. Seuls six dossiers ont jusque-là eu accès à ce programme censé replacer le secteur dans le sens de la marche. Doté d’un budget de 100 millions de dirhams et cogéré par le Fonds Hassan II, les Banques, la Caisse Centrale de Garantie (CCG) et Dar Ad-Damane, le Fortex finance les programmes de restructuration des entreprises du textile et de l’habillement. Cette fois-ci, les Banques se sont engagées et les taux d’intérêts étaient bas, tournant autour de 4 à 5% hors TVA. Des conditions idéales pour investir? Pourtant non. Pour les industriels, ce sont les critères d’éligibilité de départ qui ont été dissuasifs. Un exemple parmi d’autres : pour accéder au Chaâbi Fortex, version mise en place par la BCP à travers ses succursales (avec un taux moyen de 4,6%), il faut à l’entreprise un minimum de trois ans d’activité, justifier des difficultés sur les trois derniers exercices et présenter un dossier de mise à niveau solide. A l’évidence, l’effort est au dessus de bien des opérateurs. Comme le rappelle, Othmane Sekkat, industriel du secteur, «Si on éprouve des difficultés trois années de suite, on ne peut pas avoir à la tête la mise à niveau». L’entreprise doit en plus pouvoir contribuer à hauteur de 20%. Quant au taux, il reste élevé, puisqu’en définitive, seule la partie redevable au Fortex (soit 30% du capital) est accordée à un taux de 2%. La contribution bancaire, à hauteur de 50% du montant total est négociable. Dans ces conditions, il est bien difficile de calculer le taux réel, souligne M. Sekkat. Les garanties qui accompagnent ces prêts, constituées en général d’éléments essentiels du projet (terrain, matériel, fonds de commerce), inquiètent aussi les textiliens. Quant aux délais de traitements de dossiers, ils font aussi l’objet de plusieurs critiques. Loin d’être standardisés, ils ont tendance à s’allonger, inversement proportionnels au capital de l’entreprise. Par ailleurs, certaines Banques ont longuement hésité du fait des des risques, aussi minimes soient-ils, qui entourent ces opérations. Normalement, en cas d’insolvabilité, la partie cautionnée par l’institution de garantie est remboursée par celle-ci. Seulement, les procédures de recouvrement peuvent durer longtemps, le temps de constater stricto senso que la créance est irrécupérable. Un délai d’attente qui, joint à la supposée faible rentabilité du programme, selon un professionnel de la place, suffit pour tempérer les ardeurs. La BCM, l’une des premières à s’être engagée dans le Fortex, offre pourtant jusqu’à 50% du montant de l’investissement. Mais, présentant les mêmes conditions que celles citées ci-dessus, son offre n’a pas eu plus de succès que celle de la BCP. L’engagement collectif des banques n’a pas changé la donne, le Fortex est toujours en difficulté. Le GPBM qui a rejoint le train en marche au mois de juillet dernier n’a pas changé la donne. Revoir les conditions, en particulier celle qui stipule qu’il faut justifier trois ans d’exercice difficiles, suffirait dit-on à libérer les initiatives. En attendant le temps passe, et le Fortex est en retard de plus d’une année. La réunion du 19 novembre, tenue entre plusieurs acteurs intéressés par la mise à niveau, a abordé la question, mais de manière transversale, note un responsable à l’AMITH.

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