Le futur budget de l’UE devrait être gelé

Le futur budget de l’UE devrait être gelé

Paris, Londres et Berlin ont toutes les chances de remporter leur bataille pour imposer au futur budget européen de 2014 à 2020 une féroce cure d’austérité, au risque d’affaiblir la construction européenne. La montée du sentiment eurosceptique, les coupes claires qui marquent tous les budgets nationaux laminés par la crise et un sentiment d’impuissance des autorités européennes face à ces phénomènes expliquent ce résultat, inéluctable pour les analystes. La Commission européenne présentera le 29 juin ses propositions pour les «perspectives financières» de 2014 à 2020, donnant le coup d’envoi de négociations qui ont toujours tourné au psychodrame dans le passé alors que l’environnement économique était beaucoup plus favorable. Avant même de connaître ces propositions, les pays qui contribuent le plus au budget de l’Union européenne ont lancé un avertissement très clair aux autorités de Bruxelles. En décembre, la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande ont demandé que le budget européen soit stabilisé sur l’ensemble de la période 2014-2020. En déplacement à Bruxelles le 14 avril dernier, le Premier ministre français François Fillon a enfoncé le clou. «Nous demandons pour le budget européen le même effort que celui qui s’impose aux budgets nationaux, c’est-à-dire la stabilité des dépenses», a-t-il déclaré. Confrontés à des déficits nationaux abyssaux chez eux, les «contributeurs nets» de l’Union européenne entendent bien limiter au maximum les dépenses au niveau européen. «Nous sommes dans une situation inacceptable au sens thatchérien du terme», souligne en outre un haut diplomate français en faisant allusion au comportement de Margaret Thatcher qui, dans les années 1980, réclamait qu’on lui restitue «son argent». Avec quelque sept milliards d’euros par an de contribution nette, la différence entre les versements et les transferts provenant de Bruxelles, soit l’équivalent du budget français de la Justice, la France estime payer beaucoup trop. Le commissaire européen au Budget, Janusz Lewandowski, a eu un avant-goût de ce qui l’attend en s’attirant un déluge de critiques lorsqu’il a présenté mercredi son avant-projet de budget pour 2012, en hausse de 4,9%, à 132,7 milliards d’euros. «Il est vrai que nous sommes pris sous les tirs amis d’un certain nombre d’Etats membres», a-t-il ironisé. Le phénomène est encore aggravé par l’augmentation de la méfiance vis-à-vis de l’Union, attestée par tous les sondages, et la montée des mouvements populistes antieuropéens. En France, Marine-Le Pen, qui a de bonnes chances de se retrouver au second tour de l’élection présidentielle en 2012 à en croire de récents sondages, fait campagne sur le thème de la sortie de l’euro. Si les pays scandinaves comme la Suède et le Danemark n’ont jamais compté parmi les enthousiastes de la construction européenne, les Finlandais, bons élèves de la classe jusqu’à présent, ont envoyé un véritable signal de défiance vis-à-vis de l’UE lors des législatives du 18 avril dernier.

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