Le groupe Siemens cerné par la corruption

Le groupe allemand Siemens, aux prises avec un scandale de corruption unique dans l’histoire économique allemande, a vu son bénéfice net au deuxième trimestre de son exercice 2007-2008 divisé par trois. Le bénéfice net a fondu de 67% sur un an à 412 millions d’euros, a annoncé le groupe mercredi, une débâcle attendue après une sévère correction du carnet de commandes. Les analystes interrogés par Thomson Financial News attendaient un bénéfice net un peu meilleur, de 439 millions d’euros.
Le chiffre d’affaires sur la période a progressé de 1% à 18,09 milliards d’euros, selon un communiqué. Malgré cette chute du bénéfice, l’action Siemens gagnait 1,66% à 74,61 euros vers 08h30 GMT à la Bourse de Francfort, dominant l’indice Dax (+0,16%). Le marché applaudissait en particulier la forte hausse de 12% des entrées de commandes.
Siemens attend désormais une stagnation de ses résultats annuels, alors qu’il espérait au départ une hausse du bénéfice opérationnel. Il a prévenu que cette prévision ne tenait pas compte de la restructuration en cours de son activité de systèmes de télécommunications (SEN), dont la vente prévue «entraînera une moins-value conséquente». Le patron du groupe Peter Löscher a reconnu lors d’une conférence de presse que les négociations pour céder cette activité déficitaire, qui va perdre 1.800 emplois en Allemagne, étaient «difficiles».
La prévision de résultat s’entend aussi hors d’éventuelles sanctions en rapport avec le scandale de corruption qui l’agite. Siemens redoute en particulier une sévère punition des autorités boursières américaines, alors qu’une enquête interne publiée en partie mardi dresse un tableau alarmant du conglomérat, qui aurait pratiqué caisses noires et pots-de-vins dans quasiment toutes ses activités. M. Löscher avoue lui-même qu’il «ne s’attendait pas à une affaire d’une telle ampleur» avant de prendre ses fonctions à l’été dernier. Le groupe avoue jusqu’ici un total de 1,3 milliard d’euros de fonds douteux, utilisés pour s’assurer de gros contrats internationaux. Siemens a en revanche maintenu son objectif d’une croissance organique deux fois supérieure à la croissance de l’économie mondiale. De janvier à fin mars, Siemens a comme prévu souffert d’une dure correction comptable de 857 millions d’euros, passée sur des contrats dans les divisions Energie (construction de centrales) et transports (construction ferroviaire). En clair, le groupe allemand a mal géré plusieurs grosses commandes et peine à suivre le rythme. Le conglomérat a toutefois jugé mercredi que cette opération vérité était «bouclée pour l’essentiel.» L’horizon n’est pas pour autant dégagé pour Siemens: son patron Peter Löscher n’a pas caché ses craintes face au ralentissement de l’économie internationale. «Nous nous attendons à ce que les conséquences de la crise dans le secteur financier touchent d’autres secteurs économiques lors du prochain exercice fiscal», qui doit démarrer début octobre 2008, a déclaré M. Löscher lors d’une conférence de presse. Il a dit «discerner déjà une plus grande prudence de la part des clients en ce qui concerne nos produits habituels en Allemagne.» Face à ce phénomène, Siemens veut réagir en taillant dans ses dépenses.
Le groupe allemand veut réduire ses frais administratifs de 1,2 milliard d’euros d’ici 2010, pour les amener sous la barre de 11 milliards d’euros par an. «Il est clair qu’il y aura des suppressions d’emplois dans l’administration», a dit M. Löscher. Un porte-parole de Siemens n’a pas été en mesure de préciser combien de salariés le groupe comptait dans cette activité.

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