Le marché : Risque très calculé

Le discours actuel sur le capital-risque tend à laisser penser qu’il existe une offre large et complète, répondant ainsi à toutes les demandes. Mais qu’en est-t-il vraiment de l’adéquation de celle-ci avec la demande ?
En l’absence de statistiques fiables en la matière, on peut avancer d’emblée, selon nos contacts sur le terrain, qu’une faible part des dossiers étudiés fait l’objet même d’une décision favorable.
En effet, le processus de décision des entités de capital-risque de la place, repose peu sur un arbitrage risque-rentabilité puisque les décideurs choisissent de s’en tenir à des données certaines sur trois à quatre années.
Cette démarche les conduit à adopter deux lignes directrices pour fonder leur jugement. Ils privilégient la qualité de gestion à la recherche et développement et favorisent les projets de développement par rapport aux projets de création. Le « capital-risqueur » marocain cherche plus souvent ainsi à minimiser le risque qu’à maximiser le retour sur investissement.
Cette logique l’amène finalement à s’écarter des projets de création d’entreprise et des projets novateurs en général, au profit d’interventions en phase de développement, débouchant si possible sur une perspective d’introduction en bourse. Fatalement, on finit par juger davantage les hommes que les projets. L’aspect innovant de celui-ci est repoussé en arrière-plan.
Au-delà de l’intervention financière, il faut noter la faible coopération dans les opérations de gestion et de stratégie de croissance. À la manière d’une participation financière classique, la majorité des intervenants se contente d’offrir des capitaux de façon très passive. Le «capital-risqueur» n’apparaît pas en effet comme un partenaire actif s’impliquant davantage dans l’affaire de son protégé.
Il est vrai qu’une telle attitude est souvent non désirée de la part même de certains entrepreneurs, jaloux de leurs prérogatives. Mais en général, cette faible implication est regrettable car le besoin existe, surtout chez les entreprises en phase de démarrage qui, au-delà de l’apport en capital, requièrent une véritable aide dans la gestion et des conseils dans l’élaboration de leurs stratégies. Cette contribution pour mener à bien leur projet est indispensable pour infléchir, notablement, le risque d’échec.
Globalement, le marché du capital-risque demeure encore trop proche de la finance traditionnelle et reste souvent un sous-produit de l’activité bancaire. Les opérateurs doivent se donner les moyens d’une politique plus active orientée vers les entités en phase de démarrage car si la demande et l’offre existent, elles ne se rencontrent que « difficilement » !

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