Le marché : S’introduire ou pas ?

En bourse bien sûr. C’est la question que se posent actuellement plus de 60 chefs d’entreprises candidates à des introductions en bourse. Épaulées par des conseillers financiers de la place, ces entreprises ont mis à niveau leurs structures financières et managériales pour satisfaire toutes les exigences réglementaires. Mais, la situation actuelle du marché boursier effraie plus d’un. Les managers craignent les mauvaises surprises d’un marché en mal de confiance. Ils attendent le timing juste pour s’introduire, puisqu’ils veulent réussir cette entreprise ardue qui leur a nécessité beaucoup de temps, de grands efforts et des investissements financiers importants. Ils estiment que la situation du marché boursier casablancais est chaotique et qu’elle ne leur permet pas, à la manière d’un capital-risqueur, «une belle sortie».
Ils ont raison d’être méfiants. Cependant, ils ne sont pas les seuls. De l’autre côté, les investisseurs, petits et grands, eux aussi, sont très craintifs. Les excès et les dérapages du passé de quelques zélateurs du prix juste à l’introduction, marquent encore les esprits et les portefeuilles. Les exemples en la matière ne manquent pas. On se souvient de sociétés dont le prix d’introduction a été fixé deux à trois fois leur prix d’évaluation.
Des conseillers sans scrupule ont pris en compte dans les évaluations des variables peu fiables, que ce soit du point de vue financier ou déontologique : Les perspectives futures de croissance et de développement trop exagérées desdites entreprises. On ne le dira jamais assez. Quand il y a de la mauvaise foi, les outils de la finance ne servent plus à grand-chose. Sinon à maquiller des résultats par des gymnastiques trompeuses.
Conséquence : dès que l’entreprise est introduite, le prix de son action chutait à un niveau bas. On se demande aujourd’hui si ces choix d’évaluation ont été fixés par les sociétés elles-mêmes ou par les conseillers financiers, maîtres d’oeuvres de l’introduction ? A en croire les propos de quelques «anciens» de la place, le problème est beaucoup plus grave que cela. Il y avait d’un côté des audits effectués inefficaces et des pratiques comptables douteuses. De l’autre, des évaluations et des retraitements de comptes peu fiables de conseillers financiers voulant satisfaire à tout prix l’ambition d’un client. Le gendarme du marché, pour sa part, n’avait pas les moyens techniques et humains pour vérifier minutieusement ces informations.
Aujourd’hui, les entreprises prétendant à une introduction en bourse sont conscientes des enjeux qu’elle implique. Elles savent qu’il n’y a plus de place aux excès du passé. La croissance ne se finance pas en une seule fois, c’est à dire à l’introduction. Il faut s’introduire et laisser «vivre» le titre à la bourse. Intéresser de nouveau les investisseurs au risque de perdre des plumes en plus à la bourse est un pari qui ne se gagnera pas facilement. La témérité s’arrache.

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