Le mirage de la zone industrielle

C’est une nouvelle génération de zones industrielles. Celle comportant, outre des lots bien aménagés, des infrastructures annexes, une zone de douane, une zone pour les sapeurs pompiers et différents services dont le nettoyage. Lancée sur cette base en 1999 avec une contribution du Fonds Hassan II, la zone industrielle d’Aïn Chkef avait tous les atouts pour plaire aux industriels de la région. Comme tout projet d’importance, celui-ci a débuté en grande pompe avec des «engagements sur le temps». Tout était mis en oeuvre pour que les choses avancent au plus vite.
D’abord l’argent. Outre le Fonds Hassan II, les industriels eux-mêmes mettent la main à la poche. Ainsi, en l’an 2 000, les attributaires des 160 lots ont versé chacun un acompte de 70% sur la base d’un mètre carré à 240 dirhams. En 2003, nouvelle rallonge de 20%, ce qui porte à 90% le montant total payé par les industriels. Le reste, soit 10%, devant être payé à la fin des travaux. Mais jusque-là, point de lot. Impatients, les industriels trouvent le temps long, et de ce fait n’ont pas tardé à manifester leur désapprobation devant ce qu’ils appellent «des retards». «Lors du dernier versement, on nous avait dit que les terrains seraient réceptionnés dans un délai d’un mois , soit en juin ou juillet 2003». Depuis, de report en report, selon la thèse des attributaires, on est arrivé à l’année 2004, sans pour autant qu’une éclaircie soit apportée. La dernière promesse non tenue date du 30 juin dernier. Selon le témoignage d’un investisseur, photos à l’appui, «à cette date, il n’y avait rien, à part deux tentes plantées au beau milieu d’un décor dont le calme est loin de l’ambiance des chantiers sur le point d’être livrés». Vision d’un désabusé ?
En tout cas, le responsable local de la SNEC, Hamid Belhaj, rejette tout en bloc : «Nous n’avons jamais tenu de promesses sur la date de livraison. Les travaux qui ont débuté en 2002 n’ont connu aucun retard significatif. Au contraire, tout a été mis en oeuvre. Les lots seront livrés incessamment». Ce qui, aux yeux des industriels, a un air de déjà vu. De même, M. Belhaj s’étonne du fait que les industriels, dont certains ne sont visiblement pas versés dans les sciences comptables, aient déclaré à ALM que le montant de la contribution apportée par le Fonds Hassan II s’élève à 435 millions de dirhams. «Hilarant», déclare-t-il. «En fait, nous avons reçu du Fonds Hassan II un investissement de 16 millions de dirhams. Une bonne moyenne pour une superficie de 18 hectares.
L’investissement induit qui en résulterait serait de 400 millions de dirhams».
«Le rythme d’avancement des travaux est tout à fait normal. Nous avons eu des difficultés de réseaux. Il faut aussi tenir en compte que dans cette zone, nous apportons des prestations supplémentaires. Ainsi, après achèvement, nous assurons l’entretien, il y aura un centre de gestion, un centre de Douane». La SNEC n’est apparemment pas en cause, ayant apporté toute diligence pour que les travaux soient livrés à temps. En tout cas, pour les attributaires des lots en question, SNEC ou pas, ils sont en droit d’ignorer tous les intermédiaires: «Le bon à payer au Trésor que nous avons reçu provient de la SNEC. C’est à elle donc de faire quelque chose».
Mais la multiplicité des intervenants et des prestataires dans ce genre de chantiers complexes rend la traçabilité difficile. Exemple, la Gebatra, une des nombreuses entreprises engagées dans la zone industrielle Aïn Chkef, n’a comme le déclare ses responsables depuis Nador, aucun lien avec la SNEC, mais par la REDEF, Régie de distribution d’eau et d’électricité à Fès. Y-a-til eu des problèmes avec des entreprises de ce type ? Là aussi, la SNEC rassure : «Il y a eu de petits problèmes par le passé, mais maintenant, tout a été réglé». Tout a été réglé sauf bien évidemment le scepticisme des industriels qui ne croient plus aux dates, et qui depuis le 17 juin dernier, peinent à former une association, seul moyen, déclare l’un d’eux, de faire bouger les choses. Aujourd’hui, à la mi-juillet, on dénote quand même, comme avancée, une petite coulée de bitume. «Les travaux avancent» selon Hamid Belhaj qui espère livrer incessamment.
La nouvelle zone industrielle de Fès, destinée à relancer l’investissement dans la ville et censée incarner la modernité comparée à des quartiers industriels comme Sidi Brahim ou Dokkarrate, en activité depuis l’indépendance, serait donc sur le point d’être fonctionnelle.«Nous avons installé le téléphone, l’eau potable, l’électricité, la voirie». Tout se passe donc comme dans le meilleur des mondes possibles. Ces dernières semaines, la société a tenu plusieurs réunions avec les responsables nationaux concernés. «Nous allons peut-être livrer cette semaine!», ajoute, un cadre de la SNEC. C’est le plus grand rêve des industriels dont certains, qui s’acquittent d’un loyer mensuel de 10.000 dirhams, ne veulent que jouir de leurs lots au plus vite pour limiter les frais.

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