Le pain de la discorde

L’Association des propriétaires de boulangeries modernes (APBM) la revendique, le ministère de l’économie sociale, des PME et de l’artisanat, chargé des affaires générales du gouvernement s’y oppose.
Le consommateur reste dans l’expectative. La question sur la hausse, ou non, du prix du pain boulanger est passée du stade de la rumeur à celui des négociations et du débat. Chacune des deux parties précitées étaye ses arguments. Pour les boulangers, l’augmentation ne devrait pas être de moins de 20 centimes à l’unité. «Même si cela ne changerait pas grand chose, nous sommes favorables à une augmentation du prix du pain. Sur chaque unité (baguette, le pain rond), nous enregistrons une perte de 10 centimes. Nous nous rattrapons sur les pains spéciaux et sur la pâtisserie.
Le pain est un produit de première nécessité qui reste subventionné par l’Etat. Son prix donc n’est pas de notre ressort», déclare Hassan Boulaid, propriétaire d’une boulangerie à Casablanca. En plus du prix de revient, jugé élevé, qui ne leur permet pas de dégager une large marge de bénéfice, les boulangers se plaignent également de la concurrence déloyale, provenant des boulangeries traditionnelles qui vendent les mêmes produits, certes d’une moindre qualité, mais à des prix plus bas. «Le poids, ainsi que la qualité du pain, sont fixés par l’Etat. Mais tous ceux qui travaillent dans le secteur ne respectent pas ces règles», explique Boulaid. C’est ce qui expliquerait la demande de l’APBM de relever le prix unitaire de 1,10 dh à 1,30 dh.
Les vendeurs devraient ainsi se procurer ce produit de première nécessité à 1,15 dh. Selon les professionnels de ce secteur, cette augmentation s’inscrit aussi dans un souci de qualité du pain, qui fait actuellement défaut. Mais la direction des prix et de la concurrence, relevant du Ministère de l’économie sociale, des PME et de l’artisanat, en charge de la fixation du prix, reste catégorique. Il ne s’agit pour ce département que d’une revendication catégorielle qui ne peut être résolue que dans le cadre de la révision de l’ensemble du système de gestion du système de gestion du marché de la farine, subventionné à hauteur de deux milliards de dirhams par l’Etat. Le prix de la farine étant resté intact, le fond de la doléance paraît peu convaincant. Les boulangers sont liés dans ce sens par un accord de modération signé en 1989 avec l’Etat.
Cet accord stipule que les prix du pain ne peuvent augmenter que dans le cas de hausse du prix de la farine de luxe ou autres éléments du prix de revient. Ce qui n’est pas le cas puisque le prix moyen national de cette composante est toujours d’environ 3,40 dh/kg. Un prix qui, selon un communiqué de la direction des prix et de la concurrence du ministère, est inférieur à celui qui était convenu dans l’accord de modération (3,63 dh/kg).
Le département de Ahmed Lahlimi Alami reproche également aux associations concernées de ne pas avoir respecté la procédure stipulée par cet accord. Jugée d’ores et déjà en dehors des conventions, toute hausse de prix sera donc passible des sanctions réglementaires. A cela on ajoute le malaise social qu’une telle augmentation risque soulever, à moins d’un mois du mois sacré de ramadan, où la flambée des prix est de mise.

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