Le pari de la rentabilité

«S’il m’arrive de croiser l’argentier du Roy-aume, je ne raterai pas l’occasion de lui demander, si les entreprises publiques ne gagneraient pas plus en adoptant le mode de gestion de mon entreprise», lance un jeune entrepreneur. Et de poursuivre que «celles-ci seront plus efficaces et accuseront moins de déséquilibre». Passés cette vision simpliste et idéaliste des choses, ces propos n’ont rien de naïf dans la conjoncture actuelle. Si l’administration marocaine traîne le pas pour se moderniser, ce n’est pas le cas des entreprises publiques. Quelles soient publiques ou semi-publiques, celles-ci adoptent les principes du capitalisme. Appuyé dans cela par la volonté de l’Etat de se séparer de ses monopoles pour en faire des entreprises rentables. A ce propos, la privatisation de Maroc Telecom est un exemple à retenir. Après l’ouverture du marché de la téléphonie mobile, l’Etat a concédé 35 % de cette entreprise au groupe Vivendi-Universal. Ce qui a d’ailleurs consolidé la politique de modernisation déjà initiée par l’opérateur historique. Prévue pour l’année prochaine, la privatisation des Régies des Tabacs témoigne aussi de la volonté de l’Etat d’ouvrir une nouvelle page dans la vie de cette entreprise. Cette dernière compte investir de nouveaux segments pour assurer sa rentabilité face à la concurrence. Grand pourvoyeur de deniers pour les caisses du Trésor public, sa privatisation devrait l’introduire dans le cercle restreint des mannes budgétaires du Royaume. Par ailleurs, les entreprises publiques, monopolistiques ou non, souffrent des stéréotypes véhiculés par les établissements publics. En plus clair, les hommes à la tête de ces importantes structures ont longtemps fait office de simples exécutants des instructions des ministères de tutelle. La nouvelle vague semble se différencier de la précédente. Loin d’être les «produits» de l’Administration, les nouveaux dirigeants revendiquent des carrières d’administrateurs d’entreprises privées. Ce qu’on appelle communément des «technocrates» ne sont finalement que les lauréats des grandes écoles étrangères. Techniciens dans la gestion des entreprises et à travers elles des hommes, ils imposent de nouvelles règles dans l’organisation et le fonctionnement de leurs structures. Les hommes, expression dépassée pour certains. La version «in» est dorénavant «ressources humaines». Déjà, cette terminologie intègre dans son sillage, rentabilité, productivité et exploitation maximale du potentiel humain. Les passations de «pouvoirs» dans les entreprises publiques se réalisent en termes de modernisation, assainissement du passif et visibilité, transparence du présent, mais qu’en est-il de «héritage humain»? La nouvelle porte sur une mise à niveau générale, pour les structures, mais, pour le personnel…Même si chaque dirigeant impose son staff, la force «ouvrière» ne suivra pas forcément. Et si pour certains, la souplesse dans les procédures de licenciement représente la solution, pour d’autres elle signifie «marginalisation».

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *