Le potentiel local est étouffé

Directeur artistique au sein de Arty Show, qui est une filiale d’Holding Founoune, une société domiciliée au Caire en Egypte, dont la principale activité repose sur la distribution et la production des oeuvres artistiques, Taoufik Swiss est natif de Casablanca, un 3 novembre 1971. Jusqu’à présent, il s’est occupé du lancement de près de 26 produits d’artistes arabes de renommée internationale, pour ne citer que Amr Diab, Assalaa, Hani Chakir, le duo Samira Bensaïd et Cheb Mami…
Son travail repose sur un certain nombre d’opérations qui se répètent au lancement de chaque nouvelle oeuvre. Ainsi, lorsque la société-mère envoie un produit vers le Maroc, Taoufik reçoit ce qu’on nomme dans le jargon le «master» sous forme de CD-Rom. Arrive ensuite l’opération de duplication, qui est confiée à un professionnel de la place. Notons qu’une machine de duplication fait dans les un millions de DH. La préparation des matières premières occupe ensuite l’intéressé. Il s’agit de se procurer en usine des K7, des CD-Rom, des affiches pour la promotion, les jaquettes pour les K7 et CD, le travail de conception (logo, adresse…). Par ailleurs, Arty Show fait également dans la production des talents locaux. «Chaque pays a son aspect local. Ainsi, le «chaâbi» ne peut pas être vendu en Tunisie, mais en revanche, il peut être écoulé en Algérie. Mais ce que l’on recherche, ce sont des produits qu’on peut vendre partout, dont la qualité musicale est particulière et les paroles dans une 3ème langue», explique Touafik Swiss. 3ème langue, connais pas ?
«Afin de distribuer les oeuvres des artistes marocains dans le monde, notamment arabe, qui généralement n’assimile pas notre dialecte, les termes sont triés, ceux à connotation vulgaire sont évités et on les sélectionne», précise-t-il. En fait, le raisonnement de Taoufik repose sur l’obligation de développer la langue. De plus, il ne manque pas de souligner que le Maroc dispose d’excellents paroliers, de compositeurs, de studios équipés des dernières technologies et surtout que l’élément le plus important existe. «La matière première, «taraouate», favorise le talent et il y a des talents locaux. A tel point que les producteurs des autres pays, notamment ceux des pays du Golf et d’Egypte, qui sont arrivés à saturation dans ce domaine, alimentent leurs catalogues par des recrues marocaines. Ils leur font quitter le territoire et les transforment en stars», raconte-t-il.
Au niveau de l’opération commerciale en elle-même, il y a passage obligatoire par le Bureau Marocain des Droits d’Auteurs (BMDA). Taoufik y dépose les pièces justificatives, qui comprennent les contrats, l’ensemble des papiers administratifs avec la quantité, description de la marchandise, un exemplaire de la jaquette et il procède aussi au paiement des droits d’auteurs ou de timbre. Cette taxe est de l’ordre 0,50 DH pour les K7 et de 1,50 DH pour les CD-Rom. L’autorisation d’exploitation émise par le BMDA est automatique. Le programme de distribution est mis à exécution.
Sur l’ensemble du territoire national, les transporteurs d’Arty Show livrent la marchandise soit en suivant le circuit moderne des grandes surfaces commerciales, soit ils fournissent les grossistes qui à leur tour, redistribuent les produits aux détaillants.
Et c’est à cette dernière étape, qu’en parallèle, les «pirates» interviennent. Comment agissent-ils ? Et bien de la manière la plus simple. Le pirate, qui s’érige en producteur brûle l’étape du grossiste. Détenteur d’un exemplaire du produit et possédant des machines de duplication, il en produit une quantité non négligeable. Agissant dans l’informel, dans des usines «secrètes», les charges fiscales et patronales en moins, il a les moyens matériels d’acquérir du matériel de la plus haute technologie. De plus, sa relation avec les détaillants et particulièrement avec les commerces illégaux est directe. C’est un véritable réseau, qu’on peut qualifier de «mafia», sans aucune exagération. Le transport et la livraison se font de nuit. La transaction se fait en «cash» avec des prix de vente ridiculement bas. Résultat : le grossiste perd sa marge et le producteur voit son labeur anéanti et le consommateur se procure certes des produits à bas prix mais dont la qualité est des plus médiocres.

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