Le promoteur accuse le maire

Le promoteur accuse le maire

L’affaire oppose l’emblématique maire de Marrakech, Omar Jazouli, au professionnel du tourisme Jamal Filali, entre autres, promoteur de la maison d’hôtes Dar Mounia. Tout a commencé, note ce dernier, avec décision du magister de la ville ocre de s’opposer à la construction de son projet d’un complexe hôtelier de 100 chambres sur un terrain acheté rubis sur l’ongle il y a 20 ans. «Sans raisons claires», estime M. Filali qui regrette qu’un tel investissement, initié par «un promoteur du tourisme et lauréat d’universités américaines spécialisées dans le management hôtelier, et destiné à offrir à la ville ocre cent opportunités d’emplois soit retardé».
Le promoteur dit être à jour aussi bien concernant les études techniques que les plans d’architecture, lesquels, clame-t-il, répondent aux normes internationales d’actualité. «Si, ajoute-t-il, Omar Jazouli s’y oppose, c’est parce qu’il voit le développement de la ville par un autre oeil!»
Le maire se veut tout aussi claire. «Nous appuyons tous les projets d’investissements à Marrakech. La preuve c’est que nous n’avons aucun projet en souffrance, ajoute-t-il non sans fierté. «Mon bureau est ouvert à tous les investisseurs et je reçois sans rendez-vous !» Il faut quand même reconnaître, regrette M. Jazouli, que «par le passé il y a eu beaucoup d’attributions faciles». «Aussi, ces dernières semaines, la commission ad hoc chargée des investissements a reçu des instructions pour être dorénavant plus exigeante et plus regardante dans la sélection des dossiers d’investissements». L’accent sera mis sur beaucoup d’aspects, en matière d’esthétique, de l’harmonie avec l’architecture urbaine, l’environnement.
Concernant le projet qui serait bloqué, Omar Jazouli est persuadé que le terrain sur lequel on veut ériger ledit complexe touristique appartient au domaine public. «Il y a actuellement un contentieux, tient-il à préciser. L’ affaire traitée est au tribunal».
L’intéressé, M. Filali, prétend tout le contraire. «Le terrain m’appartient, je l’ai acquis dans le cadre d’une SARL avec mon père, déclare-t-il, justificatifs en main. «J’ai acheté ce terrain depuis bientôt 20 ans. La décision de vente a été approuvée par le Conseil municipal mais des appétits voraces ont stoppé sa finalisation, ce qui m’a contraint de faire recours à la justice, laquelle a d’ailleurs confirmé la vente et le prix d’une manière irrévocable lors des trois étapes judiciaires».
L’intégralité de la somme a été versée en temps opportun au tribunal et présentée au président du Conseil municipal lequel, précise le promoteur, a refusé de prendre possession. «Le procès-verbal de ce refus est consigné dans le jugement».
Ces arguments ne désarment pas outre-mesure le maire de Marrakech, convaincu d’être dans son bon droit. «Le conseil municipal a effectivement vendu le terrain, mais la procédure n’a pas été achevée», reconnaît-il. Et d’ajouter pour montrer sa bonne foi : «Qu’il me présente un certificat de la Conservation foncière et l’affaire est réglée».
En fait, bien que la vente ait été confirmée par le tribunal avec un prix irrévocable, la conservation foncière n’avait pas été associée à l’acte. Mais cela ne doit en aucun cas être un obstacle, déclare Filali, puisqu’«un jugement ordonne au maire de s’exécuter» L’intéressé croit savoir que le maire voudrait revoir le prix après l’avis de la Cour suprême, ce qui d’après lui créerait un précédent dans les annales de la justice. «J’ai acquis le mètre carré il y a 20 ans, au prix de 674 dirham, note-t-il. «On ne peut pas dire que c’était un prix bradé puisque récemment, la ville vient de vendre à deux entités distinctes des terrains au prix de 600 mètres carrés dans le quartier de l’Hivernage. Je ne comprend pas que dans mon cas, l’on veuille former une commission pour réactualiser le prix», comme l’a-t-on fait entendre au ministre du Tourisme, saisi du dossier par courrier.
En tout cas, le maire de Marrakech s’en tient à sa position de principe, à savoir qu’il s’agit d’un «problème de contentieux qui suit son cours normal au tribunal». Une procédure lente et contre-productive selon l’investisseur qui sait que face à l’intransigence du maire, il est obligé d’attendre 5 à 6 ans, le temps que le Tribunal administratif somme le conservateur de la propriété foncière à Marrakech d’exécuter le jugement. `
«C’est du temps et de l’argent perdu», estime Jamal Filali qui exhibe amèrement un arrêt final de la cour suprême validant la vente au prix indiqué, en se demandant s’il est en droit de réclamer les intérêts de l’argent versé et bloqué depuis 20 ans. Le dossier est actuellement entre les mains du Premier ministre.

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *