Le salut viendra de l’Espagne

Le salut viendra de l’Espagne

Depuis le départ d’Aznar et de son équipe de ministres excités et l’arrivée au pouvoir du sympathique Zapatero, le Maroc a une chance exceptionnelle de redresser la barre de sa politique touristique qui, sans battre de l’aile, ne réussit pas à créer les ruptures nécessaires au décollage économique annoncé. Nous nous sommes, entre autres, laissé distancer par tous nos concurrents du pourtour méditerranéen, durant les quinze dernières années ; ce qui explique que les principaux paramètres de notre tourisme ont plutôt stagné. Pourquoi l’Espagne ?
Simplement parce que  nous avions, dans le temps, fait un long chemin avec elle, que géographiquement une quinzaine de kilomètres seulement nous séparent de ses côtes et que le pays de Don Quichotte est aujourd’hui un pays riche et développé. En fait, cet espoir espagnol ne date pas d’aujourd’hui, le gouvernement Aznar n’a occupé la scène que de 1996 à 2004 et nous avions, par le passé, toutes les opportunités du monde pour exploiter, à notre profit, ce voisinage remarquable d’un pays ami dont les citoyens deviennent, année après année, de grands consommateurs de produits touristiques. Mais oublions le passé sans omettre, cependant, de faire remarquer que nos scores sur le marché espagnol sont -il faut le dire- assez pitoyables. En 1992, notre part dans le marché ibérique était néanmoins prometteuse : 825.068 nuitées développées dans les hôtels classés du Royaume.
Les résultats de 2004, soit 559.491 nuitées, sont arrivées hélas bien en retrait de cette performance et ne peuvent donner lieu qu’à des satisfactions limitées, d’autant plus que l’année de référence 2000 avait bien dépassé ce chiffre et de loin. Pourquoi ce gâchis ? 
Mr José Michel Zaldo, ex-patron des patrons espagnols, apporte ici la réponse , dans une récente déclaration à la presse marocaine. Il dit : « Côté espagnol, il y a une totale méconnaissance du Maroc…Lorsqu’il s’agit d’incompréhension, la méfiance s’installe et le divorce n’est pas loin…Le Maroc communique très mal… ». José Michel Zaldo faisait allusion à la question politique du Sahara marocain, en mettant en évidence le fait que le Polisario a occupé seul le terrain espagnol depuis 30 ans. Aucun ministre des Finances sensé ne refuserait au Maroc un budget de promotion conséquent pour redonner au Royaume la place qu’il a toujours occupée, dans le cœur et l’esprit des Espagnols.
Aucun ministre du Tourisme sérieux ne devrait négliger une telle carte à jouer pour le Maroc. Comment expliquer le pourquoi des budgets ridicules qui sont affectés à des activités touristiques, dont le chiffre d’affaires, en hôtels classés seulement, avoisine les 35 milliards de dirhams ? Tout le monde sait que le volume des frais de publicité et de relations publiques doivent varier selon le degré des ventes. Plus ces dernières sont faibles, plus les budgets doivent être ajustés à la hausse. Le Maroc a besoin d’un milliard de dirhams par an pour sa promotion locale et internationale.
A moins, il ne pourra jouer que dans la cour des petits. L’Espagne est capable de nous fournir plusieurs millions de touristes annuellement et il n’est pas nécessaire de gaspiller nos maigres budgets dans des études, à l’utilité douteuse, car les tour-opérateurs espagnols nous diront gratuitement ce que souhaitent leurs clients. D’ailleurs, quand nous payons, à prix d’or, des experts internationaux, ils s’adressent aux mêmes sources d’information. Bien entendu, la manne espagnole doit être méritée grâce à une nouvelle politique devant mettre à niveau le produit avec toutes ses composantes hôtelières,  touristiques et humaines. Ce qui suppose une sérieuse coordination en amont avec les T.O espagnols et un travail de fourmis sur le terrain.
Le personnel d’encadrement et de gestion doit non seulement parler la langue de Cervantès, mais également être formé à la façon dont nos voisins souhaitent être accueillis et encadrés. Si ce pari est perdu, alors que nous sommes à quelques kilomètres de l’Espagne, comment pourrions nous prétendre gagner des paris plus complexes sur les pays lointains ?

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