Le scénario de l’homme-orchestre mis en doute

«C’est presque impensable qu’il ait pu orchestrer un tel montage tout seul», juge Mace Blicksilver, directeur de la firme de gestion d’actifs Marblehead Asset Management. Bernard Madoff a affirmé au FBI que sa fraude, qu’il a chiffrée à 50 milliards de dollars et qui courait depuis des décennies, relevait «de sa seule faute», selon le texte de son inculpation.
Ce scénario supposerait qu’il ait personnellement rédigé de faux registres, modifié ses livres de compte, créé tout un système mensonger reposant sur du vent… ou son seul prestige.
Mais l’ampleur de la paperasserie nécessaire pour brasser de telles sommes suscite beaucoup de scepticisme sur la capacité de Madoff à agir seul. Selon l’inculpation, des «employés hauts placés» – non nommés, mais identifiés par la presse américaine comme étant ses fils- ont indiqué que M. Madoff gérait «son activité de conseil en investissements depuis un étage séparé dans ses bureaux de New York». «Madoff gardait ses documents financiers sous clef», ont-ils rapporté, affirmant que Madoff était «énigmatique» sur ce pan d’activité de la société. «Cela concerne des centaines et des centaines de comptes, la publication de faux compte-rendus mensuels… il ne me semble pas qu’un homme de 70 ans puisse faire ça de lui-même, ou simplement avec l’aide de ses comptables », a déclaré à l’AFP Doug Kass, fondateur du fonds Seabreeze Partners. «C’est une fraude considérable, il est impossible qu’elle ait été réalisée à un ou même à cinq», a ajouté le gérant, qui ne parvient pas, devant l’ampleur et le caractère «extraordinaire» de l’escroquerie, à estimer le nombre de personnes nécessaires pour faire fonctionner un tel montage. «Nous gérons un fonds d’investissement. Nous avons un auditeur de comptes reconnu au niveau national, un cabinet d’avocats reconnu au niveau national et surtout un administrateur indépendant de notre direction qui audite les comptes de capital (qui récapitulent les investissements effectués, ndlr) tous les mois », a expliqué Doug Kass, en prenant l’exemple de sa société. M. Blicksilver envisage tout: «En théorie, Madoff ne faisait pas d’opérations, il gérait juste son montage géant, reclus dans son bureau. J’imagine donc que si vous n’avez rien d’autre à faire, c’est assez facile de trafiquer de la documentation… Ce sont juste des bouts de papiers». « Mais dans la réalité, cela semble presque impossible», ajoute le gérant. Devant les difficultés à y voir l’œuvre d’un homme isolé, les spéculations sur d’éventuels complices se multiplient. Tout d’abord, il y a la famille de Madoff, omniprésente dans les affaires du financier. Bernard Madoff assure que ses proches n’étaient au courant de rien et les premiers résultats de l’enquête, relatés par la presse américaine, ne démontrent pas le contraire. «Il avait deux fils et ils n’étaient pas au courant ? Et ils ont travaillé avec lui pendant des années?», s’est interrogé le magnat de l’immobilier Donald Trump sur CNN. «Pour moi, c’est une escroquerie. Le père a dit: +vous prétendez ne rien savoir et j’aurai sauvé mes deux fils», a-t-il avancé. Ses fils, Andrew et Mark, avaient de hautes fonctions dans la société, où ils travaillaient depuis une vingtaine d’années.

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