Le «slow tourisme», élixir anti-crise

À l’instar du mouvement écolo-gastronomique Slow Food, de nombreux voyageurs ont adopté le credo du tourisme lent, peu émetteur de CO2 et qui permet de découvrir une destination à son rythme et de partir malgré la crise. «Il y a dix ans, les touristes voulaient voir un maximum de choses en un minimum de temps. Aujourd’hui, ils veulent prendre le temps de s’imprégner de leur lieu de vacances. La crise a encore renforcé ce besoin», explique Alain Capestan, directeur général de Voyageurs du monde. Faire du trekking dans les montagnes du Népal, sur les traces des philosophes qui ont médité dans les grottes, découvrir le Burkina Faso en mobylette à 30 km/h, voyager en Irlande dans des roulottes tirées par des chevaux … l’adepte du «slow tourisme» a désormais l’embarras du choix. «C’est à la fois une quête spirituelle et une expérience physique. Le voyageur vit au rythme de la population locale, alors qu’il passe son temps à courir dans la vie quotidienne», relève Alain Capestan. Voyageurs du Monde vient de sortir une brochure dédiée à ces «Voyages intérieurs». Fondé en Italie en 1989, avec un escargot pour emblème, le mouvement Slow Food avait été créé en réaction à la «malbouffe» et la culture du «fast food». Le tourisme lent est un phénomène plus récent, né d’une demande pour des voyages «plus authentiques», loin des masses. Des chercheurs spécialisés dans le tourisme ont commencé à se pencher sur ce nouveau concept: «le tourisme lent vise à combiner respect de l’environnement, préservation des spécificités locales et plaisir de voyager», explique Ghislain Dubois, maître de conférences à l’Université de Versailles. «Le tourisme dans le désert, ce n’est plus la recherche d’aventure en 4X4, maintenant on opte pour la randonnée et on apprécie le silence», dit-il. Pour lui, «les jets privés n’ont plus le vent en poupe», c’est le train qui est devenu le moyen de transport par excellence du tourisme lent. Surfant sur cette nouvelle vague, l’éditeur Lonely Planet a actualisé son guide sur le Transsibérien, train mythique qui parcourt 14.000 km à travers trois pays (Russie, Mongolie et Chine). Une expérience qui est déconseillée aux voyageurs pressés, car le train roule à une vitesse moyenne de 60 km/h. Autre moyen de transport emblématique du tourisme lent, le bateau: le voyagiste Vision du Monde propose ainsi de prendre le ferry à Sète et traverser la Méditerranée pendant 36 heures avant de gagner le port de Tanger au Maroc, un trajet qui dure 12 fois plus de temps que de prendre l’avion. «Le voyageur arrive au Maroc en douceur, il voit les paysages défiler. Le déplacement n’est plus tellement un moyen, mais un but en soi», commente Jeanne Divry, conseillère de Vision du Monde. Au moment où «l’avion permet de traverser la planète en une dizaine d’heures», le bateau est synonyme de «retour à la tranquillité» et «rupture avec le stress quotidien», relève-t-elle.
Partir moins souvent, mais plus longtemps, «pour faire plus avec moins de CO2», suggère Ghislain Dubois. «Le concept de très long séjour se développe», pour ceux qui ont le temps et les moyens, comme les seniors qui passent l’hiver en Tunisie ou à l’Ile Maurice. D’autres disciples du slow travel explorent leur propre région, à vélo ou à pied … ou se contentent de passer leurs vacances chez eux: outre-Manche, crise oblige, on assiste au phénomène des «staycations», dérivé de «stay» (rester) et «vacations» (vacances), pour s’occuper du jardin ou de la maison.

Brigitte Hagemann (AFP)

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