Le sucre aiguise les appétits

Les dossiers de candidature ont été déposés fin juin. Les résultats seront connus dans les semaines à venir. L’opération de privatisation des quatre entreprises publiques dans le secteur du sucre en est dans sa phase finale. «Logiquement d’ici le mois d’août, nous devrons connaître les noms des entreprises retenues », confie une source proche du dossier qui explique le choix de cette date par les contraintes du calendrier du secteur. Les opérateurs retenus devront s’investir rapidement dans les campagnes de préparation du semis, lesquelles commencent entre le mois de septembre et d’octobre.
Les entreprises concernées par cette opération assurent une production moyenne de 350 000 tonnes par an. Il s’agit de Surac (trois usines), Sunabel (4 usines), Suta (3 usines) et Sucrafor (une usine). Dans les rangs des repreneurs potentiels, on retrouve quatre opérateurs dont la Cosumar. L’entreprise contrôlée par l’ONA présente comme argument principal l’approche en matière d’amont agricole. «Nous sommes un sucrier, actif sur toute la chaîne, depuis les champs de betteraves jusqu’à l’usine de raffinage», confie un cadre de l’entreprise lors d’une journée de visite guidée sur son site de Sidi Bennour, qui vient d’achever son programme d’extension. La première phase de ce projet de 800 millions de dirhams a été bouclée en avril 2005, avec à la clé une augmentation de la capacité de production de l’usine de l’ordre de 10.000 tonnes de betteraves par jour (tb/j) pour la campagne sucrière 2005. Une capacité qui, à la réalisation de la deuxième tranche, sera portée à 15.000 tb/j lors de la prochaine saison.
La compagnie sucrière marocaine se démarque résolument du statut étroit de «raffineur» en mettant dans la balance les 24 000 agriculteurs qui vivent de son «amont agricole», large de 21 500 hectares et en augmentation annuelle de 3 000 hectares par an. Ces paysans travaillent avec la filiale de l’ONA sur la base d’un contrat. Un travail apparemment bien rémunéré, puisqu’un paysan gagnerait par moyenne 40 à 50 dirhams par jour sur la cueillette de la betterave.
La Cosumar s’engage à acheter toutes les récoltes et à mettre à leur disposition des techniciens agricoles. Cette forme d’exploitation sera-t-elle maintenue avec l’arrivée de nouveaux opérateurs ? L’Etat continuera-t-il à prévaloir le schéma adopté depuis l’amorce de la libéralisation du secteur en 1996, en accordant une subvention forfaitaire de 2 000 dirhams par tonne, soit un montant annuel de 2 milliards de dirhams ? Cette manne issue des équivalences tarifaires à hauteur d’un demi-milliard et d’une dotation de l’Etat de l’ordre de 1,5 milliard était censée garantir un prix accessible du sucre sur le marché national. Ce qui visiblement n’est pas le cas. La privatisation apportera-t-elle une solution à cette équation complexe ?
Chez les autres candidats à la reprise de ces entités publiques, les arguments ne font pas défaut. Le français Tereos qui a fusionné avec Begin Say , opérateur de référence dans le secteur, intervient sur toute la filière. Présent dans d’autres pays dont le Brésil et la République Tchéque, ce groupe agro-industriel coopératif transforme les betteraves, la canne et les céréales en sucres et en alcools. Tereos commercialise en France une gamme de sucres grand public(traditionnels et spéciaux) sous les marques Béghin-Say, C’est la Vie, La Perruche, Blonvilliers, L’Antillaise, Gelsuc, Ligne, Actisucre, Sucreries de Bourbon et une gamme de sucres industriels de betterave et de canne (secs, liquides, invertis, fondants, fructo-oligosaccharides).Notons dans cette course, la présence du groupe de Miloud Chaâbi qui fait liste commune avec Savola, concurrent de Lesieur dans le secteur des huiles de table. Un autre groupe européen de nationalité espagnole cette fois-ci aurait aussi soumissionné.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *