Le Textile marocain sur le fil du rasoir

Le Textile marocain sur le fil du rasoir

La Poste française et la Banque centrale française, qui sous-traitaient jusque-là la confection des uniformes de leurs agents au Maroc, viennent de céder à la «Chinamania». L’information parue sur le fil Internet d’une publication française n’a pas été confirmée dans les milieux patronaux au Maroc. Néamoins la plupart des industriels marocains interrogés le disent, il y a de vrais risques de départ.
Les raisons sont simples. Quand un article textile fabriqué en Chine coûte 10 euros en moyenne, il en vaut 17 au Maroc et 35 en  France. «Dans ces conditions, quelle est ce ménage qui ne céderait pas aux sirènes chinoises?», se demande un industriel casablancais, en l’occurrence Othman Sekkat, qui traitait par le passé plusieurs commandes de la poste française. Et d’ajouter : «La meilleure manière d’aider le secteur, c’est de baisser les charges de 70%. Autrement, on continuera toujours à tourner en rond et à parler sans cesse des entreprises qui quittent le pays».
Cet industriel fait partie de ceux qui pensent que le salut du secteur réside avant tout dans la baisse des charges et, partant, dans le règlement des contentieux avec la Douane.
Le président de l’AMITH, Karim Tazi, préconise, quant à lui, la solution du SMIG régional, procédé qui permettrait de répartir l’activité des régions engorgées sur celles où le niveau d’emploi est faible. Après tout, renchérit un autre opérateur, «nous préférons plus voir des délocalisations entre Casablanca et Agadir, qu’entre Casablanca et Canton ou Shangaï». La question des charges sociales figurait dans l’ordre du jour de la rencontre tenue le mardi 26 avril entre l’Association marocaine de l’industrie textile (AMITH) et le Premier ministre.
Cette rencontre a été l’occasion pour M.Jettou de réitérer aux textiliens son opposition à un traitement de faveur en matière de cotisations à la CNSS.
En revanche, la Primature reste favorable à d’autres options, comme la baisse des  droits de douane sur les intrants et l’amélioration de la logistique de transport.
Mais là aussi, la marge de négociation est étroite, le Maroc étant lié à plusieurs pays par des accords de libre-échange. L’Union européenne, sous la pression de la France, a pourtant laissé entendre qu’elle envisage d’appliquer les clauses de sauvegarde prévues par l’OMC.
Une position exprimée par le président français, Jacques Chirac et par le ministre des Affaires étrangères de ce pays, Michel Barnier, et qui a mis la Chine dans tous ses états.
Ce pays a augmenté ses exportations de 500% dans l’Union depuis le premier janvier 2005. Au détriment de l’industrie européenne, mais aussi du Maroc et de la Tunisie, deux pays qui alimentaient 16% des importations françaises d’habillement, contre 14% pour la Chine. C’est dire que le Maghreb est fortement concerné par le dossier «chinois », déposé à la Commission européenne par la France, l’Italie et la Grèce.
 Mais d’ores et déjà, avant même que ne soit bouclée l’enquête européenne sur l’impact des importations chinoises sur l’industrie locale, le gouvernement de ce pays asiatique a mis en garde contre « toutes mesures discriminatoires prises à l’encontre de ses exportations ».  Le différend pourrait être soumis à l’arbitrage de l’OMC.
Pour le Maroc, qui ne peut pas se payer le luxe d’un bras de fer ave l’ogre jaune, la solution est peut-être ailleurs.
La Chine est imbattable dans la production en séries, souligne cet expert en commerce international, qui a requis l’anonymat.
Le salut de l’industrie marocaine est dans les niches. «Les industriels doivent surtout comprendre que l’ère de la sous-traitance est révolue ».
Les secteurs les plus touchés par la crise, depuis le premier janvier 2005, sont la maille fine et la simple sous-traitance. En revanche, les jeans et les sport wears produisent à un rythme normal. D’une manière globale, «on ne peut pas encore parler de pertes d’emplois massives, mais surtout de baisse d’activité et de chômage technique », précise un entrepreneur.
D’ailleurs, si des entreprises trouvent des raisons de quitter le Maroc pour l’Asie, d’autres arrivent d’Europe notamment. Le tout, maintenant, est d’encourager cette dynamique, en revitalisant les statuts de plate forme d’exportation, au lieu, comme l’a demandé l’AMITH à Driss Jettou, de déterrer la loi sur l’étiquetage. Cette loi est vue selon ses détracteurs comme un verrou, une sorte de barrière non tarifaire. Karim Tazi s’en défend: «C’est pour mieux protèger le consommateur. Dans le monde entier, on indique dans les marchandises le numéro d’importateur pour lutter contre la contrebande ».
Autre réclamation des opérateurs, la dévaluation du dirham. «Une solution accepté à contre-cœur, mais indispensable», poursuivi M. Tazi qui a déclaré que le SMIG de l’ouvrier marocain double celui du Roumain et que l’énergie au Maroc est beaucoup plus chère qu’en Egypte. Reste à savoir si le gouvernement acceptera de toucher à la stabilité monétaire, au risque de faire repartir à la hausse la facture énergétique, la dette extérieure et l’inflation.
Quoi qu’il en soit, les opérateurs doivent présenter, dès la semaine prochaine,  une série de propositions à la Primature. 

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