Leila El Andaloussi : «Le business model du fonctionnement des incubateurs devrait être revu»

Leila El Andaloussi : «Le business model du fonctionnement des incubateurs devrait être revu»

Entretien avec Leila El Andaloussi, candidate à la présidence de l’Afem

Le compte à rebours pour l’élection de la future présidente de l’Afem a démarré. En lice pour cette élection, Leila El Andaloussi, membre de l’ordre des experts-comptables, met en avant son travail sur le terrain et son expertise dans l’accompagnement des entreprises TPE, PME et grands comptes. Pour en savoir un peu plus, nous sommes allés à sa rencontre.

ALM : Qu’est-ce qui vous a poussée à vous porter candidate pour la présidence de l’Afem?

Leila El Andaloussi : Mon engagement et mon ambition sont de donner une nouvelle impulsion à l’Afem en plus du soutien qui m’est apporté par un groupe de femmes de l’Afem qui croient en moi. Elles m’ont vivement encouragée à mettre mon expertise et mon expérience au sein de l’Afem au service de ses membres et des porteuses de projet. Après mûre réflexion, j’ai donc décidé de vivre cette belle aventure, profondément convaincue que je suis prête à m’investir et relever les défis à venir. Mon profil d’expert-comptable, ma présence au conseil d’administration de l’Afem depuis 2012 et mon passage en tant que membre du bureau exécutif de l’Afem ont aussi beaucoup contribué dans cette décision. 

Quelle est la particularité de votre programme et quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés pour les 3 ans de mandat si vous êtes élue ?

J’aimerais m’inscrire dans une dynamique de développement de l’Afem en consolidant ses acquis. Car celle-ci est d’abord l’association de référence dans le domaine de l’entrepreneuriat féminin au Maroc. Après 18 ans d’existence, l’Afem jouit aujourd’hui d’une crédibilité et d’une notoriété à l’échelle nationale et internationale grâce aux partenariats nationaux et internationaux et aux liens tissés avec les femmes membres du réseau mondial

J’aimerais porter encore plus loin cet élan qui a été insufflé par les équipes précédentes qui ont œuvré inlassablement pour faire de l’association ce qu’elle est aujourd’hui. Mon plan d’action se décline en 6 axes stratégiques. Premièrement, l’Afem doit être une plate-forme pour accompagner et soutenir ses membres. Deuxièmement j’aimerais renforcer le networking et le transformer en véritable opportunité d’affaires entre femmes membres de l’Afem. Le troisième axe repose sur la mise en place de tous les outils nécessaires pour conserver, voire faire monter en puissance l’Afem en tant qu’acteur incontournable dans le champ de l’entrepreneuriat féminin au Maroc. Le quatrième axe se focalise sur les régions. Je compte beaucoup sur celles-ci et je mettrai tout en œuvre pour en faire des pôles d’excellence et des acteurs majeurs dans le développement et le rayonnement de l’entrepreneuriat féminin. Le 5ème axe concerne les incubateurs des projets portés par les jeunes femmes de notre pays. Il faut savoir que notre association a créé en 2006 le 1er incubateur féminin dans la région Mena et aujourd’hui je pense que le business model du fonctionnement des incubateurs devrait être revu pour en faire de véritables accélérateurs de l’entrepreneuriat des jeunes femmes. Enfin, le dernier axe concerne les outils nécessaires pour implanter un système d’information proactif favorisant des process de gestion rigoureux et efficients. Quant à l’entrepreneuriat des jeunes femmes, il reste au cœur de nos préoccupations. D’abord des actions seront déployées en amont et focalisées sur les partages d’expériences et la valorisation des success stories pour inspirer les jeunes. Par ailleurs, l’encouragement à la création de jeunes start-up fera l’objet de la création d’un pôle dédié. 

Comment comptez-vous accompagner les jeunes femmes entrepreneurs en termes de financement?

Si vous parlez des jeunes femmes vous entendez les financements d’amorçage. Je suppose que l’Afem jouera à ce titre son rôle de facilitateur pour orienter les femmes vers les produits existants et mobiliser des ressources auprès des banques pour jouer comme interface entre l’Afem et les réseaux de financement. Il y a aussi des solutions de financement innovantes à mettre en œuvre et à vulgariser. Celles-ci ne s’adresseraient pas uniquement aux jeunes entreprises. Il s’agit notamment du capital risque, des fonds d’investissement, des business angels, ou encore du crowdfunding dont un projet de loi vient de voir le jour. 

Il y a des milliers de femmes entrepreneurs au Maroc et pourtant seule une centaine est inscrite à l’Afem, que feriez-vous afin d’encourager plus de femmes à devenir membres de l’association ?

En effet, le nombre de femmes chefs d’entreprises d’après des statistiques publiées tout récemment est à peine de 4,7% au Maroc selon une enquête effectuée par Global Entrepreneurship Monitor. Ces chiffres sont alarmants et nous positionnent comme derniers sur 54 pays. Plus parlant, seules 35% des femmes sondées estiment avoir la compétence nécessaire. Il y a donc d’abord un travail de fond à faire par l’Afem afin de lever les barrières et les croyances limitantes. Ensuite toute une stratégie est à déployer pour les faire adhérer, notamment par la création entre autres d’un comité d’adhésion avec des objectifs précis des évaluations et des actions dédiées. 

De par votre expérience, que proposez-vous pour alléger les charges fiscales sur les TPE et les PME?

Mon métier d’expert-comptable me permet d’apporter ma connaissance fiscale du tissu des entreprises, notamment TPE et PME que je conseille au quotidien en la matière. Le volet fiscal est crucial car il peut être un facteur de compétitivité et les entreprises en sont bien conscientes. Aujourd’hui les textes fiscaux malgré des améliorations tangibles restent complexes et peu lisibles. En effet, l’administration fiscale a fait un grand pas vis-à-vis des entreprises et nous devons à l’Afem saisir cette opportunité pour construire une plus grande proximité avec elle.  L’association devrait également exercer du lobbying en tant que membre de la CGEM pour remonter systématiquement au nom de l’Afem les doléances de ces membres et cela à travers une commission fiscale qui sera créée. Comme vous le savez, les TPE et PME sont créatrices de richesses et pourvoyeuses d’emplois et la pression fiscale les concernant est en voie d’allègement ces dernières années. Je vous donne un exemple, l’introduction de l’impôt progressif va dans ce sens.

En revanche, il y aurait encore beaucoup d’autres leviers à actionner comme une fiscalité qui accompagne la création pas seulement dans le secteur de l’industrie. 

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