Les agrumes changent de destination

Les exportations marocaines d’agrumes peinent  à faire face à la concurrence en Europe. Sur les 11 premiers mois de l’année 2006, ces  produits ont connu un recul de 27,8% en valeur.  Le ministère du Commerce extérieur explique cette tendance par une «insuffisance du volume et la détérioration des prix du marché au niveau de l’Union européenne ». Pourtant, les exportations ont progressé en volume. A en croire aux chiffres du ministère de l’Agriculture,  178.000 tonnes d’agrumes ont franchi les frontières marocaines, pour une augmentation de 4% contre 5% pour les primeurs évaluées à 125.000 tonnes.
Dans les milieux professionnels, l’évolution des exportations est d’abord appréciée sous l’angle qualitatif. «Les producteurs préfèrent de plus en plus les marchés à contrats, comme la Russie et l’Amérique latine, que l’Union européenne, qui est un marché à consignation», avance Mohamed Bouhdoud Boudlal, président de la section-Souss de l’ASPAM (Association des exportateurs d’agrumes du Maroc). Les marchés à contrats représentent moins de risques pour les exportateurs.  Pas étonnant à ce que la Russie, avec 236 000 tonnes importées au 30 novembre 2006, soit la première destination des agrumes marocains.
Au 20 novembre 2006, le Maroc a exporté 68.000 tonnes d’agrumes, notamment des clémentines, contre 53.000 tonnes pour la campagne précédente, a-t-il indiqué. Ce marché est loin de s’inscrire sur la tendance baissière caractéristique à l’Europe de l’Ouest. Ainsi, les exportations marocaines ont rapporté 860,75 millions de dirhams en 2005, contre 630 millions en 2004. Au-delà de la Russie, les exportateurs ciblent toute l’Europe de l’Est, de la Pologne à la République tchèque.
«L’Amérique fait partie de cette catégorie de marchés, mais il nous faudra d’abord trouver un moyen de transport adéquat et venir à bout des barrières non tarifaires», rappelle le président de la section-Souss de l’Aspam. L’un des handicaps majeurs des produits marocains pour l’entrée en territoire américain demeure le verdissage. Ce procédé, utilisé généralement au début de campagne pour donner à l’orange une belle coloration, est jugé «non naturel», par les Américains.
Ne reste plus qu’à se rabattre sur les marchés à contrats accessibles. Quant à la détérioration des prix sur le marché de l’Union  européenne, elle vient de la mauvaise qualité des produits espagnols, lesquels, baromètres du marché européen, ont entraîné les prix à la baisse. «Les Espagnols eux –mêmes privéligient les marchés à contrats, réservant à l’Europe les produits de seconde qualité». De plus, la saturation de ce marché ajoutée aux règles de subventions et à une politique souvent restrictive en matière d’importation, ne  font qu’accélérer la tendance de la migration des agriculteurs marocains vers des marchés plus porteurs.

Le poids des agrumes

L’agrumiculture marocaine couvre 74.500 hectares en moyenne pour une production annuelle évaluée à 1,5 million de tonnes, selon les campagnes. La moitié de la récolte est destinée au marché local. Quelque 100.000 personnes vivent de la filière. Le Maroc est classé en quatrième position en terme de production, derrière l’Espagne (6,18 millions de tonnes), l’Italie (3,5 millions), l’Egypte (2,7 millions) et la Turquie (2,7 millions). Le Royaume devance la Grèce, Israël, l’Algérie, la Tunisie, Chypre, etc.

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