Les banques ralentissent sur les ouvertures d’agences

Les banques ralentissent sur les ouvertures d’agences

La tendance se confirme au sein du secteur bancaire. Après avoir maintenu d’intenses efforts pour étendre leurs réseaux d’agences sur les dernières années, les établissements semblent ralentir la cadence. Cela est clairement ressorti dans les récentes communications financières des sociétés cotées au titre du premier semestre 2016. 

La Banque populaire, par exemple, qui dispose du plus large réseau d’agences bancaires au Maroc et qui donne le ton pour tout le secteur, a ouvert 58 agences à fin juin 2016 sur une année glissante, contre 76 nouveaux points implantés une année auparavant. L’inflexion que reconnaissent aujourd’hui sans détours certains patrons de banques, remonte déjà à deux ans. La même Banque populaire qui affiche autour de 70 ouvertures annuellement depuis 2014 maintenait une moyenne annuelle de 80 jusqu’en 2013. Attijariwafa bank, au lieu d’un rythme de 68 ouvertures observé entre 2006 et 2013, s’est contentée d’une trentaine de nouveaux points en 2014 et de 60 l’année passée. A l’échelle de tout le secteur, ce sont 231 nouveaux points qui ont été ouverts par les établissements de la place en 2015, selon les statistiques de Bank Al-Maghrib (BAM), ce qui est bien loin des niveaux affichés au plus fort de la bataille pour l’extension du parc entre 2006 et 2013, période pendant laquelle les banques avaient maintenu une cadence de 300 ouvertures en moyenne annuelle. Notons au passage que le ralentissement des ouvertures d’agences s’accompagne d’une décélération des recrutements réalisés par les établissements. Les banques ont embauché 725 collaborateurs en 2015, contre près d’un millier de recrutements réalisés en 2014. Le cap des 1.000 recrutements n’a pas été franchi depuis 2012.

Les établissements bancaires lèvent aujourd’hui le pied sur l’extension de leur réseau, principalement pour se donner le temps de digérer le rapide développement réalisé sur les dernières années, ainsi que l’expliquent les professionnels.

Du fait des importants efforts d’expansion, les grandes banques commerciales ont d’une part subi un fort alourdissement de leurs charges générales d’exploitation, passées de 11 milliards DH en 2006 à 21,4 milliards DH, selon les chiffres de BAM. D’autre part, elles n’ont pas pleinement exploité le potentiel de profits à tirer de cette expansion du réseau. Les établissements ont certes continuellement inscrit leurs bénéfices en hausse sur les dernières années, mais le produit net bancaire (PNB- profit dégagé sur les intérêts et les commissions facturées à la clientèle) généré par agence s’est dégradé parallèlement à l’effort soutenu pour développer le réseau commercial. Selon les calculs réalisés par le cabinet français Nouvelles Donnes dans le cadre d’une étude sur les réseaux bancaires au niveau des pays émergents, quasiment tous les établissements de la place ont subi ce revers avec des chutes du PNB par agence allant de 20 à 50% selon les cas, sur un peu plus de 5 ans.

La raison en est que les investissements pour l’extension du réseau n’ont pas été accompagnés d’efforts de même ampleur sur le plan commercial.

Les experts de Nouvelles Donnes rapportent ainsi que près des deux tiers de l’effectif déployé en agence au Maroc sont affectés aux guichets et à des tâches de traitement et de contrôle tandis que seulement 21% des ressources sont affectées au conseil commercial. Si l’on compare avec la France, 60% des agents exercent des tâches commerciales et 20% opèrent dans les guichets, sachant que le traitement et le contrôle sont automatisés. Conscients de cet état de fait, les établissements de la place fournissent aujourd’hui de plus en plus d’efforts dans le sens d’une amélioration de la productivité de leurs agences, lesquelles font aussi l’objet d’un redimensionnement.

Hormis la nécessité de consolider la croissance du réseau, les établissements ont aussi été poussés à ralentir les ouvertures d’agences du fait de la conjoncture caractérisée par une évolution morose des dépôts et surtout des crédits, réduisant de fait le potentiel de revenus à tirer des nouvelles implantations. S’ajoute à cela l’aggravation du coût du risque qui ponctionne une partie des bénéfices qui auraient pu financer l’effort d’extension. Enfin, les établissements ouvrent aujourd’hui moins d’agences aussi parce qu’ils s’orientent de plus en plus vers la voie alternative que représentent les solutions de banque à distance.

Il ne faut cependant pas en déduire que le rythme d’ouverture persistera sur la pente descendante sur les années à venir.

Rappelons en effet qu’on n’en est encore qu’à un guichet bancaire pour 5.500 habitants au Maroc à fin 2015, selon les statistiques de BAM. Le champ d’expansion reste donc encore très large.

Casablanca- Settat concentre plus de 29% des guichets bancaires

guichet-bancaire-2013-08-05Si la densité bancaire dispose encore d’une considérable marge de croissance au Maroc, elle n’en a pas moins fait des progrès de géant sur les dernièrs années. Le nombre de guichets par 10.000 habitants estimé actuellement à 1,8 par Bank Al-Maghrib, n’atteignait même pas 1 il y a une dizaine d’années.

Dans le sillage de la densification du réseau bancaire, le taux de bancarisation a crû continuellement pour atteindre un niveau appréciable de 68%. Reste que la couverture territoriale des guichets continue de faire ressortir un niveau de bancarisation différencié entre les régions urbaines et rurales, ces dernières demeurant encore faiblement couvertes. Par exemple, Casablanca-Settat dispose actuellement à, elle seule, de plus de 29% des guichets au niveau national.

Il faut dire que la zone concentre aussi 40% des dépôts et 64% des crédits. Au vu de l’enjeu que représente l’extension du réseau bancaire  pour le développement de l’inclusion financière, BAM suit de près les efforts consentis en la matière et elle mène, elle-même, des chantiers pour appuyer le mouvement tels que l’introduction des établissements de paiement ou la mise au point d’une plateforme nationale de paiements via téléphonie mobile, à l’usage d’un écosystème élargi constitué des commerçants, des ménages et des fournisseurs d’infrastructures…

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