Les biocarburants pour sauver la planète

Les biocarburants pour sauver la planète

Les biocarburants devront composer 10% du carburant englouti par les véhicules des Européens en 2020, une ambition dénoncée par de nombreux détracteurs comme irréaliste voire dangereuse pour la planète. Cet objectif fait partie du vaste plan contre le réchauffement climatique que doit détailler mercredi la Commission européenne. Mais le bilan environnemental de ces carburants d’origine agricole (éthanol, biodiesel) fait l’objet d’une attaque en règle. En attendant une deuxième génération plus performante mais encore au stade expérimental, les biocarburants disponibles menacent la biodiversité et déplacent parfois les populations, selon plusieurs ONG. Un rapport de la Chambre des communes britannique a conclu cette semaine que «le soutien aux biocarburants a été prématuré au regard des risques environnementaux importants associés aux technologies actuelles». La critique a également fusé dans un document de travail interne à la Commission. De quoi remettre en question le sérieux de l’objectif obligatoire de 10%, pourtant fixé en mars 2007 par les chefs d’Etats européens. «A technologie constante, cet objectif de 10% sera difficile à atteindre», reconnaît un commissaire européen, sous couvert de l’anonymat, en prônant de la souplesse pour "ne pas arriver à des aberrations". «Transformer les prairies en terres arables produit une énorme quantité de CO2», souligne l’eurodéputé vert Claude Turmes, spécialiste des questions énergétiques. Il aurait été beaucoup plus efficace, selon lui, de demander aux constructeurs automobiles allemands et suédois de faire davantage d’efforts pour réduire les émissions de CO2 des moteurs des voitures neuves. Malgré ce concert de scepticisme, les critères "verts" qui doivent encadrer la production future des biocarburants ont été paradoxalement dilués, à en croire une nouvelle version du projet obtenue par l’AFP. La Commission européenne stipule que les biocarburants ne devront pas être fabriqués avec des matières premières émanant de forêts vierges, de zones naturelles protégées, de terres marécageuses, de zones forestières (plus d’un hectare avec des arbres de plus de cinq mètres). Reste que le compteur ne commencera qu’en janvier 2008 -au lieu de 2003 comme initialement envisagé- ce qui revient à «donner un chèque en blanc à tous ceux qui ont encore détruit les forêts tropicales ces derniers mois», notent plusieurs organisations écologistes.
De plus, les prairies ont subitement disparu de la liste des espaces protégés. La Commission promet de surveiller d’éventuels "changements de prix de matières premières" ou encore des effets sur "la sécurité alimentaire" dans des pays hors UE, sans être plus concrète sur ce sujet polémique. Le Fonds monétaire international s’était inquiété en octobre des conséquences de la plus grande utilisation de céréales pour les carburants "verts" sur les prix des produits alimentaires, notamment dans les pays pauvres. Seuls les biocarburants "durables" seront pris en compte.
La Commission semble pencher pour un seuil modeste de 35% (représentant leur économie d’émissions de CO2 par rapport à un carburant classique). Mais le Parlement préconise un seuil plus exigeant de 50%, excluant les oléagineux européens, tandis que les eurodéputés verts rêvent de 60% pour éliminer l’huile de palme destructrice des forêts tropicales. Le Commissaire européen à l’Energie Andris Piebalgs a dû venir lundi à la rescousse de son plan sur les biocarburants, qui ont l’avantage selon lui de réduire la dépendance de l’UE vis-à-vis des producteurs de pétrole et d’offrir de nouvelles opportunités aux pays pauvres.

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