Les choix de la continuité

Un lourd passif de 40 ans ne peut pas s’améliorer en quatre ans. Ceci dit pour la version officielle. Pour cacher son échec sur des chantiers économiques stratégiques, le gouvernement sort souvent cette carte pour calmer ses détracteurs. Même si elle est légitime, une telle attitude ne tient pas la route d’autant plus que l’équipe Youssoufi avait l’opportunité d’être plus audacieuse dans la gestion des affaires économiques.
Une stratégie économique audacieuse, oui…mais à quel prix politique et social ? Telle est la réponse de l’argentier du Royaume, quand on aborde avec lui cette question. Il étaye son raisonnement en citant l’Argentine qui traverse une crise financière jamais connue de par sa méconnaissance des équilibres macroéconomiques. Faut-il pour autant prendre cela pour argent comptant? Et surtout oublier le système de la dollarisation de l’économie des pays de la Pax américana ?
Si l’on en juge par la vision du gouvernement, le respect des équilibres macro-économiques reflète clairement son refus à adopter des solutions de facilité qui pourraient avoir des effets négatifs sur la situation économique du pays. Ce qui explique par ailleurs la nature des quatre lois de Finances marquées par le respect sacro-saint principe de la rigueur budgétaire.
Seul recours, selon Oualalou, pour garantir la croissance. Une croissance qui reste en deça des ambitions affichées par Youssoufi lors de sa déclaration devant des députés de la nation. A la lecture du bilan économique gouvernemental, il s’avère clairement que l’équipe Youssoufi était contrainte à réserver une part importante du budget pour le règlement de la dette extérieure. Celle-ci a été ramenée à 14,2 milliards de DH en 2001 contre 19,1 milliards de DH en 1998. La dette intérieure pour sa part a augmenté. Un tel choix s’est traduit négativement sur l’investissement et la croissance. La stabilisation du taux d’inflation à hauteur de 1,5% a participé aussi à une stagnation relative, qu’il reste possible de surmonter en augmentant de manière volontaire la masse monétaire en circulation, comme l’a bien expliqué un membre du gouvernement. Avec le recul, il est certain que sans les chèques exceptionnels de Vivendi-Universal et de Méditelecom, la Trésorerie de l’Etat aurait essuyé un sérieux revers, d’autant plus que la pluviométrie ne nous a pas gâtés. Trois ans de sécheresse ont pesé sur la Trésorerie de l’Etat. La sécheresse n’a pas permis d’assurer un taux de croissance de 5 à 6% du PIB espéré par le gouvernement. Dans le meilleur des cas, ce taux a atteint 1%. Toutefois, il y a lieu de dire qu’en 2001, et malgré la sécheresse qui a touché l’ensemble des régions, le PIB a atteint 6,5%.
Que reproche-t-on au gouvernement d’alternance ? Pour les analystes du Centre marocain de conjoncture, l’équipe Youssoufi a raté un rendez-vous historique dans la mesure où la période par laquelle passait le pays nécessitait un glissement au niveau des dépenses publiques. La croissance économique a été en moyenne de l’ordre de 3,8% entre 1998 et 2001, alors pour la période 93/97, elle n’a pas dépassée les 2,6%. Faut-il pour autant s’en réjouir? Pas si sûr quand on connaît le potentiel économique du pays. En matière d’investissements, 7 milliards de dollars ont été déployés au courant du mandat de l’alternance.
2001 est une année faste en la matière. Depuis 1998, c’est l’exploitation de mannes financières exceptionnelles, des ressources inespérées pour boucler les budgets. En effet, les investissements étrangers ont atteint 33 milliards de dollars et le taux de croissance a progressé de 6,5%. Il faut considérer un tel bilan comme étant une prouesse au moment où les investissements privés sont en chute notamment dans le domaine de l’industrie. Comment voulez-vous que des investisseurs étrangers optent pour le Maroc au moment où les nationaux eux-mêmes se désengagent ? La question mérite réflexion auprès de nos décideurs économiques. A la lumière des chiffres affichés par le gouvernement, peut-il être satisfait de son bilan économique? Pas du tout, quand on pense à l’ampleur des inégalités sociales.

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