Les Français s’adaptent à la vie chère

Les Français sont tentés de changer leur mode de consommation face à la vie chère, faisant la part belle aux discounters et, paradoxalement, aux commerces de quartier, chers mais qui ont le mérite de réduire les déplacements en voiture, selon des experts. «Les consommateurs n’ont pas un portefeuille extensible alors ils font des arbitrages. C’est d’autant plus dur pour les ménages modestes que l’inflation sur les produits de base est la plus élevée», indique Georges Ferronières, chargé de la distribution au sein du cabinet Nielsen. Les prix à la consommation en France ont augmenté de 0,5% en mai, soit une hausse de 3,3% sur un an, un record depuis juillet 1991, a annoncé l’Inse. Les seuls carburants ont augmenté de 17,9% par rapport à mai 2007 et l’alimentation de 5,7%. Depuis le début de l’année, l’alimentation ne cesse d’augmenter dans les grandes surfaces. La énième loi sur la distribution, effective depuis mars, semble avoir eu peu d’effet sur la politique de prix des distributeurs classiques. Les consommateurs achètent donc davantage dans les enseignes de hard-discount (Lidl, Aldi, Leader Price…), où le panier moyen est 25% moins cher que dans un hypermarché, selon les spécialistes du secteur. L’attractivité des discounters s’explique également par le fait qu’ils vendent de plus en plus de grandes marques (Coca-Cola, Nutella, Ariel), à moindre prix que les grandes surfaces classiques. En outre, «la qualité des produits hard-discount se défend désormais, puisque les consommateurs les mettent au même niveau que les marques de distributeurs (MDD). Il y a quelques années, ils avaient tendance à les comparer aux articles de 1er prix», moins chers mais de moins bonne qualité que les MDD et les grandes marques, indique Pascal Petit, associé chez Kurt Salmon Associates. Au cours des cinq premiers mois de l’année, les ventes ont augmenté de 0,8% dans le hard-discount mais baissé de 1% dans les hypermarchés, selon Nielsen.
Les épiceries et supermarchés de quartier améliorent aussi leur chiffre d’affaires depuis le début de l’année car les consommateurs hésitent à prendre la voiture pour faire les courses dans les hypermarchés, situés la plupart du temps en périphérie des villes. «L’attraction des circuits de proximité reprend. On peut l’expliquer par une prise de conscience brutale du prix du plein à la pompe», estime Olivier Géradon de Vera, vice-président du cabinet spécialisé Iri. «Les gens savent que ces magasins sont plus chers, mais ils savent aussi qu’en y allant ils font des économies sur l’essence. C’est un changement considérable dans le comportement des consommateurs», poursuit Jacques Perrilliat, président de l’Union des commerces de centre-ville qui représente Monoprix. Mais pour Pascal Petit ce comportement «n’est pas très rationnel», puisque «l’écart de prix entre un hypermarché et un magasin de proximité ne justifie pas le peu d’essence qu’on aura économisé». Les magasins alimentaires de proximité sont en moyenne 15% plus chers que les hypermarchés. Ce type de commerce devrait en outre se développer avec l’adoption dans la nuit de jeudi à vendredi à l’Assemblée de l’assouplissement des conditions d’ouverture. Le nouveau seuil de procédures d’autorisation va passer à 1.000 m2 au lieu de 300 m2 actuellement alors que les discounters et les supermarchés ont une surface moyenne de 600 m2.

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