Les graines de la reprise sont là, mais fragiles

Les graines de la reprise sont plantées aux Etats-Unis, mais leur développement risque d’être long et soumis à bien des aléas du fait de la frilosité des consommateurs et de la persistance attendue d’un chômage élevé. Pour 59% des 47 économistes interrogés par le Wall Street pour son étude de conjoncture mensuelle publiée mardi, la récession commencée officiellement en décembre 2007 est terminée. Si l’on ajoute ceux pour qui elle s’achèvera au troisième trimestre, ils ne sont plus que 15% à juger qu’elle durera au-delà de la fin du mois de septembre.
Pour autant, la première économie mondiale ne sortira pas de sa récession la plus grave de l’après-Guerre en un tournemain; les nouvelles encore alarmantes venant chasser régulièrement les bons indicateurs sont là pour le montrer.
Les chiffres officiels (encore provisoires) du PIB publiés fin juillet avaient suscité bien des espoirs en témoignant que l’activité américaine n’avait baissé que de 1,0% en rythme annuel au printemps, après une chute de 6,4% pendant l’hiver. Ceux-ci ont été mis à rude épreuve au cours de la semaine écoulée. La banque centrale (Fed), d’abord, est venuerappeler mercredi que même si elle semble «en train de se stabiliser», l’économie américaine doit encore rester sous perfusion des pouvoirs publics.
De plus, en redisant son intention de ne pas relever son taux directeur avant longtemps, la Réserve fédérale a signifié la façon dont elle voyait le salut arriver : «une reprise douloureusement lente» selon la formule employée début juin par un de ses gouverneurs, Daniel Tarullo. Pour les économistes de l’institut IHS Global Insight, le chemin s’annonce «long, tortueux, et potentiellement dangereux». «Les dirigeants de la banque centrale pensent que la reprise est toujours une prévision, plus qu’un fait», notent Ed McKelvey et Andrew Tilton, économistes de Goldman Sachs.
Jeudi, la publication d’une baisse de 0,1% des ventes de détail pour le mois de juillet est venue confirmer que la consommation, responsable en temps normal de plus des deux tiers de la croissance américaine, était encore très fragile. De l’avis général des économistes, celle-ci n’est pas près de se relever, et ce sentiment a été renforcé par la publication, vendredi, d’une nouvelle chute de l’indice de confiance des consommateurs publié par l’Université du Michigan. Selon la Fed, le taux de chômage, actuellement à 9,4%, pourrait atteindre 10,1% à la fin de l’année, et encore 9,8% fin 2010, et les craintes de licenciements pèsent sur les ménages, qui préfèrent épargner plutôt que de dépenser. La chute de la valeur de leur patrimoine immobilier (le pays compte plus de deux tiers de propriétaires) alimente aussi cette tendance. Le rebond de la production industrielle en juillet après six mois de chute libre est venu apporter un peu d’espoir, mais sans reprise de la consommation, il risque fort d’être sans lendemain.
Au moins, la disparition temporaire des menaces d’inflation facilite-t-elle la tâche de la Fed qui peut se concentrer sur la reprise. La stabilité des prix a même permis une légère hausse du salaire hebdomadaire réel moyen en juillet, pour la première fois depuis le début de l’année. Les chiffres officiels montrent que celle-ci a été due également à une hausse des heures travaillées, ce qui n’était plus arrivé depuis mars 2008. Pour Dean Maki, de Barclays Capital Research, «c’est ainsi que commencent les cercles vertueux».

Marc Jourdier (AFP)

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