Les griefs de la FENAGRI

Les griefs de la FENAGRI

L’agroalimentaire tourne, mais l’hymne n’est pas encore à la joie à la FENAGRI. La Fédération a présenté au ministre du Commerce et de la Mise à niveau de l’économie, Salehdine Mezouar, lors d’une réunion tenue lundi 24 janvier à Rabat, un tableau sombre sur la problématique du financement du secteur de l’agroalimentaire. Plus de 75% des entreprises ont des difficultés de financement pour leur mise à niveau, a indiqué Mohamed Chraïbi, président de la FENAGRI. Un constat qui a donné le ton de la réunion consacrée justement à l’examen des handicaps du secteur. Des difficultés de financement décrites dans une étude réalisée récemment par le cabinet Tax and Legal Consulting.
D’après l’enquête, 84% des entreprises évoluant dans le domaine de l’agroalimentaire n’ont toujours pas accès aux fonds mis en place par les autorités publiques. Faute d’une véritable politique de financement, les entreprises ont recours, pour 66% des cas, aux moyens classiques comme les crédits fournisseurs ou les concours bancaires. Crédits faciles d’accès, mais qui souvent mènent à une dépendance exclusive des centres de production vis-à-vis de leurs partenaires.
La voie de l’autofinancement est suivie seulement dans 59% des cas, rapporte l’étude. Sans doute un privilège pour les entreprises anciennes, celles qui ont tiré leur épingle du jeu en se constituant des réserves, dans les années 70, 80 et 90. L’étude préconise que l’Etat doit définir des objectifs d’intervention à court, moyen et long terme. L’adaptation passe par la sectorisation des actions et des moyens de financement ; Des recommandations que Mohamed Chraïbi a rappelé au ministre. En outre, l’étude appelle aussi les entreprises de l’agroalimentaire à s’inscrire dans des perspectives d’investissements à moyen et long terme, à faire montre de transparence dans leur gestion et, notamment, à séparer l’actionnariat de la gestion. Les entreprises doivent estimer leur probabilité de survie et s’organiser, pour les plus petites, en coopératives ou en consortium. Ce dernier modèle n’est pas sans attraits; il permet de maintenir la personnalité juridique des participants. Pour améliorer l’efficacité des fonds publics existants, les opérateurs souhaitent une approche par branche d’activité. Ce qui est loin d’être le cas en ce qui concerne les banques qui ne procèdent pas d’une segmentation sectorielle des risques et ne semblent pas mûres, rappelait la Fenagri dans sa revue «Alimentarius», pour une approche des risques spécifiques liés aux investissements des PME-PMI de l’industrie agroalimentaire.
L’étude recommande d’ailleurs aux banques un réel partage et une analyse plus objective des risques, une standardisation des garanties demandées et, entre autres, une politique d’assistance technique en amont. Est également souhaité, le développement du rôle de conseil qui doit dépasser celui de bailleur de fonds. Autant de réformes qui ne se feront pas d’un coup de baguette magique.
Les banques motivent leurs réticences vis-à-vis des PME-PMI de l’agroalimentaire par la non-solvabilité (57%), l’insuffisance des garanties (29%) et le manque de transparence (29%). D’ores et déjà, commente un opérateur, on peut dire que l’une des importantes recommandations de l’étude adressée à l’Etat, à savoir la baisse des charges fiscales et sociales, est mise à mal avec la nouvelle fiscalité sur les coopératives inscrites dans la loi de Finances 2005. La défiscalisation des apports en fonds propres apportés aux capitaux reste aussi un voeu pieux, à peine évoqué d’ailleurs lors de la réunion de Rabat. Pour sa part, M. Mezouar a passé en revue les différents fonds de garanties mis en place par les autorités publiques, à l’instar du Foman (fonds national de la mise à niveau), peu utilisé par les opérateurs.
De ce fait, le ministre exhorte la Fenagri a faire un peu dans la promotion. Démarche nécessaire puisque, toujours selon la même étude, 94% des entreprises de l’agroalimentaire souhaitent en savoir un peu plus sur les mécanismes de la mise à niveau. Autre inquiétude des opérateurs évoquée lors de la rencontre avec le ministre, le faible trend des exportations, à peine suffisant actuellement pour satisfaire la demande du marché européen traditionnel. L’étroitesse de la production marocaine exclut de facto les avantages de l’accord de libre-échange Maroc-USA.

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