Les prix flambent à cause du sous-investissement dans la production de pétrole

La flambée des prix du pétrole traduit une inquiétude de fond: vu les investissements engagés, le marché redoute que la capacité de production mondiale ne puisse répondre dans les prochaines années à l’essor de la demande. «Le problème de fond est très simple: les besoins augmentent plus vite que la capacité de production», affirme François Lescaroux, de l’Institut français du pétrole. «Ce que traduisent les prix c’est l’insuffisance de la production à répondre aux besoins, qui ont explosé dans les pays émergents, en Asie et au Moyen-Orient notamment», a-t-il ajouté. Le manque d’investissements «n’est pas l’unique facteur mais c’en est un essentiel», renchérit Mike Wittner, analyste de la Société Générale. Alors que le prix du brut a frôlé 104 dollars le baril lundi, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ne semble pas partie pour augmenter son offre lors de sa réunion à Vienne mercredi. Si les pays consommateurs, menés par l’Agence internationale de l’Energie accusent l’Opep de générer une escalade des prix en refusant de pomper plus, le cartel juge, lui, le marché bien approvisionné, faisant porter la responsabilité des prix élevés aux spéculateurs et aux tensions géopolitiques. Le commissaire européen à l’Energie Andris Piebalgs estime qu’apporter «500.000 barils de plus» au marché ne suffirait pas à calmer les cours de l’or noir. «J’attends que l’Opep démontre qu’il reste du pétrole, et que à moyen et long terme, elle puisse augmenter sa production», a-il affirmé, dans le journal espagnol El Economista, faute de quoi il n’est pas impossible que le baril s’envole jusqu’à 200 dollars. L’Opep doit donc «développer une politique transparente et prévisible d’investissement et d’offre», a-t-il insisté. Pour répondre à une explosion de la demande et compenser le déclin de nombreux gisements, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime qu’il faut fournir 37,2 millions de barils par jour (mbj) de plus d’ici 2015. Or, selon l’AIE, les 230 projets identifiés en cours ne pourront fournir que 25 mbj. Les raisons de ce déficit d’investissement sont multiples : les compagnies internationales ont difficilement accès aux grands gisements, situés pour la plupart au Moyen-Orient. «En dehors de l’Arabie Saoudite, le potentiel d’accroissement de la capacité de production dans un avenir proche est très limité et (…) l’accès aux zones les plus prometteuses est restreint», remarquait récemment Jean-Louis Schilansky, secrétaire général de l’Union française des industries pétrolières (Ufip). Les compagnies doivent se tourner vers des pétroles non-conventionnels techniquement difficiles et économiquement très coûteux à exploiter, tels que les sables bitumineux de l’Alberta ou les pétroles extra-lourds du Venezuela. Pour Fatih Birol, directeur des études de l’AIE, les compagnies nationales ne veulent pas, elles, «voir les prix du pétrole baisser» en développant les capacités de production, et veulent aussi «conserver du pétrole dans le sous-sol pour les générations futures». Les producteurs mettent, eux, en avant une demande trop incertaine pour investir plus, accusant notamment les énergies alternatives de concurrencer le brut et de menacer la sécurité de la demande. L’Arabie Saoudite, premier producteur mondial, prévoit ainsi de porter d’ici fin 2009 sa production à 12,5 mbj contre un peu moins de 11 mbj actuellement. «Nous pensons que 12,5 mbj sont amplement suffisants à l’heure actuelle» car si l’on regarde les prévisions de demande de long terme à horizon 2030, ces chiffres ne cessent de chuter», a affirmé le ministre saoudien Ali al-Nouaïmi.

• Delphine Dechaux (AFP)

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