Les revendications salariales inquiètent la BCE

Confrontés à des salaires qui stagnent et un pouvoir d’achat en berne, les Européens veulent voir leurs salaires revalorisés. Des exigences soutenues par les syndicats et certains gouvernements, mais qui affolent la Banque centrale européenne.
Les raisons diffèrent un peu d’un pays à l’autre, mais de grandes tendances se retrouvent: envolée des prix du carburant et des denrées alimentaires, salaires marquant le pas -particulièrement en Allemagne-, hausse des prix immobiliers qui grèvent le budget des personnes voulant accéder à la propriété, surtout en France et en Espagne. Résultat, l’inquiétude grandit en zone euro. La question du pouvoir d’achat est au centre des préoccupations des Français. Le président Nicolas Sarkozy l’avait placé au cœur de sa campagne électorale, avant de s’en détacher. Du coup, une journée d’action des fonctionnaires est prévue sur ce thème fin janvier et le syndicat CGT a déjà appelé à un mouvement plus large début février. En Allemagne, les influents syndicats des services Verdi et de la métallurgie IG Metall réclament des hausses de salaires de 8%, alors que les Allemands se sont serrés la ceinture pendant plusieurs années. Les syndicats italiens ont aussi engagé un bras de fer avec le chef du gouvernement pour des relèvements de salaires et un allègement de la pression fiscale. Un appel entendu par Romano Prodi, qui a promis de répondre à cette dernière exigence. En Espagne, le chef du gouvernement socialiste José Luis Zapatero a déjà promis une hausse du salaire minimum à 800 euros d’ici quatre ans, contre 600 actuellement, s’il est réélu. En Irlande, les syndicats veulent aussi des augmentations conséquentes pour compenser une forte inflation. Mais la perspective de fortes hausses salariales se heurte à l’opposition de la Banque centrale européenne. La BCE, dont la mission est d’éviter tout dérapage des prix, craint que d’importantes revalorisations débouchent sur une inflation durable.
Les entreprises seraient en effet tentées d’augmenter leurs prix pour compenser des coûts salariaux plus élevés.
Ceci serait d’autant plus malvenu que l’inflation connaît actuellement un pic, à 3,1% en décembre. «La BCE ne tolèrera pas de spirale inflation/salaires» dans les quinze pays de la zone euro, a martelé jeudi son président Jean-Claude Trichet, menaçant de relever les taux directeurs s’il le faut. Une appréhension partagée par le patronat. «Des hausses de salaires nettement supérieures à 3% en moyenne en zone euro pourraient être une source d’inquiétude», prévient Marc Stocker de l’organisation patronale paneuropéenne Business Europe, interrogé par l’AFP. «Il est important que les hausses de salaires reflètent l’évolution de la productivité», insiste-t-il. Un argument que comprend Ronald Janssen, conseiller économique à la Confédération européenne des syndicats. Mais pour lui, les entreprises disposent des moyens nécessaires pour accorder des augmentations et «une hausse de 3 à 3,2% en moyenne ne serait pas un danger pour l’inflation». De plus, un coup de pouce sur la fiche de paie permettrait de «soutenir la consommation intérieure», notamment en Allemagne, fait-il valoir. La question reste de savoir si le danger de spirale inflationniste est réel. Pour Holger Schmieding, analyste chez Bank of America, «un modeste effet de second tour» n’est pas à exclure. Mais pour Jean-François Jamet, économiste et auteur d’une étude sur le pouvoir d’achat en zone euro, ce risque «n’est pas clair du tout».

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