Les tour-opérateurs français s’inquiètent de l’impact d’un choc pétrolier

Les réservations des Français pour les voyages à l’étranger sont en hausse pour le début de la saison d’été, mais les tour-opérateurs s’inquiètent de l’impact à long terme du nouveau choc pétrolier sur le moral des ménages et leur consommation. Malgré l’envolée des cours du pétrole, les réservations des Français pour des voyages à forfait (séjours avec vols) ont progressé de 4,4% sur la période février-avril, selon les chiffres publiés mercredi par l’Association des tour-opérateurs français (Ceto). «Le côté “évasion, rêve“ du tourisme l’a toujours emporté sur la baisse générale de la consommation», a estimé devant la presse son président, René-Marc Chikli. Mais en cas de «baisse importante» de la consommation, «nous souffririons au même titre que les autres secteurs», a-t-il prévenu. La facture des touristes s’alourdit au fur et à mesure que le baril de pétrole monte : les surcharges carburant appliquées par les compagnies aériennes ont plus que doublé sur un an, dépassant les 200 euros pour un billet aller-retour pour les vols longs-courriers. Les effets de ces hausses, répercutées par les tour-opérateurs sur les prix des forfaits, ont commencé à se faire sentir sur les réservations d’été pour les Caraïbes: ainsi, Vacances Transat France a noté un «net fléchissement» pour la République dominicaine. «L’envolée du pétrole affecte les destinations familiales long-courrier», dont le coût est renchéri par les surcharges carburant, constate son directeur général, Patrice Caradec. «Faute de clients, nous allons réduire nos capacités sur la République dominicaine. Des vols à 800 euros, c’est trop cher». En revanche, les Etats-Unis et le Canada profitent du dollar faible et s’envolent de 30% chez Vacances Transat. Ces deux destinations, «qui se font plutôt en couple, sont moins affectées, même si l’euro fort ne suffit pas à compenser la hausse des carburants», explique-t-il. Tous tour-opérateurs confondus, les réservations ont chuté de 13,3% en mars –phénomène attribué par le Ceto à «l’attentisme» des Français «qui sont restés chez eux pour voter»– avant de reprendre en avril (+22,7%).
«Le mois de mai n’a pas été excellent», a laissé entendre M. Chikli. «L’été est loin d’être gagné» pour les tour-opérateurs, qui «restent prudents pour les mois d’août et de septembre et l’hiver prochain». Parmi les destinations les plus prisées, le Ceto note les Etats-Unis (+32,1%), la Turquie (+33,8%) et l’Egypte (+22,7%). La République dominicaine est également en forte hausse (46,6%), mais souvent pour des départs de dernière minute en hiver. Côté perdants, figurent le Maroc (-8,9%), les Antilles françaises (-16,1%) et le Sénégal (-25,1%). Première destination à l’étranger, le Maroc a pâti d’un transfert: avec l’arrivée des vols à bas prix. «Les Français optent désormais pour le non-marchand, des résidences et riads privés», selon M. Chikli. Chez Marmara, spécialiste des petits prix pour le bassin méditerranéen, la «baisse du Maroc s’est arrêtée et la Turquie renoue avec les niveaux de 2005», a déclaré son PDG Hervé Vighier, qui n’a pas ressenti d’effet pétrole. «La demande est forte, nous comptons dépasser le million de clients cette année».  Le tour-opérateur haut de gamme Voyageurs du Monde tire également son épingle du jeu, avec une hausse de 15% des réservations pour l’été. Selon son PDG Jean-François Rial, la clé du succès est «les voyages à la carte».

• Brigitte Hagemann (AFP)

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