Les voyagistes dans le couloir de la mort

Les voyagistes dans le couloir de la mort

Amal Karioun jette l’éponge. Le président de la Fédération nationale des agences de voyages a annoncé, mercredi à Casablanca, qu’il ne se représentera pas pour un second mandat, en avril prochain. Il laisse ainsi sa succession ouverte à de nombreux postulants dont aucun ne s’est déclaré encore de manière officielle. «J’avais prévu depuis longtemps que je me limiterai à ce seul mandat», lance celui qui considère que «l’agence de voyages marocaine est dans le couloir de la mort». Et pour cause, les plusieurs problèmes et des crises diverses qui se sont accélérées ces dernières années.
Une chose est sûre, le bilan de M. Karioun, en cours d’évaluation, restera lié aux diverses opérations de promotion du tourisme national, opérations dont la FNAVM revendique l’initiative. A l’actif du bureau actuel, la brochure lancée en 2001 et retardée, rappelle M. Karioun, par le choix du thème, «Maroc, le plus beau pays du monde», un thème un peu prétentieux à ses yeux.
N’empêche, la FNAVM a pu drainer 800 000 clients au terme de ces opérations de promotion de tourisme national. Un résultat probant, même si, explique Amal Karioun, le principe des 50% de réduction sur le prix a montré ses limites, n’étant «pas à la portée de toutes les bourses». A l’avenir, il faudra peut-être explorer d’autres pistes.
Sur le plan structurel, les deux ans de passage d’Amal Karioun à la tête de la FNAVM ont coïncidé avec un affrontement frontal entre agences de voyages et compagnies aériennes, au sujet des commissions. Celles-ci sont littéralement en érosion, ayant passé en l’espace de quelques mois seulement de 10 à 7% en termes de billetterie. Un taux toujours élevé de l’avis de certains transporteurs. Les yeux semblent rivés sur la «commission zéro» qui gagne du terrain aux USA.
L’affaire, «purement légale», est devant la Justice. «Les compagnies aériennes ont épuisé tous les moyens pour retarder l’échéance. La date limite est pour le 29 mars», rendez-vous attendu de pied ferme par les billettistes.
Sur le plan interne, la FNAVM a surtout été handicapée, ces deux dernières années, par le retard de paiement des cotisations de plusieurs de ses membres. «Les choses allaient mieux quand nous étions une association. Depuis que nous nous sommes transformés en fédération, les rapports se sont distendus avec les adhérents des dix associations régionales».
Situation paradoxale, alors que les agences existantes crient à l’asphyxie, jamais les demandes d’agrément n’ont été aussi nombreuses, «de l’ordre de 20 dossiers tous les trois mois, contre 6 par an, au début des années 80», selon M. Karioun qui pense que certaines agences de voyages ont bénéficié à un certain moment «des agréments politiques». D’où la désorganisation qui règne dans la profession.
Aujourd’hui, les choses sont telles que la FNAVM a du mal à répertorier tous ses membres, environ 350 sur 500, estime M. Karioun, qui compte désormais lancer un guide officiel des agences de voyages, «celles qui payent leurs cotisations».
La Fédération a signé à cet effet un contrat, suite à l’appel d’offres remporté par l’agence Précom, éditrice du guide touristique du CRT de Casablanca. Le Guide doit être prêt en un temps record, avant la fin de ce mois. Il permettra, entre autres, à la FNAVM de disposer d’un peu plus de ressources et, selon les mauvaises langues, à l’actuel président de finir son mandat en beauté.
Preuve que la FNAVM a de plus en plus du mal à fédérer ses membres, la faible audience qui a suivi la présentation du guide, le 3 mars en fin d’après-midi dans les locaux du Royal Mansour. «C’est toujours le même problème », lance M. Karioun, épuisé par deux ans de prêche au sein d’une profession dominée par les entreprises de type familial. Pour le président de Majestic Tours, ce guide qui sera édité en 10 000 exemplaires sera distribué aux offices de tourisme, aux TO étrangers et dans les différents salons touristiques. Un bon outil de communication mais qui vient peut-être un peu tard pour l’actuel bureau de la FNAVM qui réclame le «bénéfice du doute» en ce qui concerne son bilan.

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