L’Espagne regarde chuter ses rois de l’immobilier

«Promociones Habitat a présenté  vendredi  aux tribunaux de commerce de Barcelone une demande pour être placé en cessation de paiement afin de préserver du mieux possible les droits de tous les créanciers et de restructurer la situation financière, qui permet de garantir la continuité du projet d’entreprise», a indiqué le 5ème promoteur espagnol dans un communiqué. Basé en Catalogne (nord-est), Habitat emploie une centaine de personnes.
A la fin de l’année 2007, ses actifs étaient estimés à 3 milliards d’euros. Aujourd’hui, la dette du groupe s’élève à 2,3 milliards d’euros, selon Habitat, qui traversait des difficultés depuis de longs mois.
Il s’agit du deuxième gros promoteur immobilier qui trébuche et doit se placer sous la protection de la loi depuis que le marché immobilier s’est retourné au début de l’année, contaminant le BTP et tirant vers le bas toute l’économie du pays désormais au bord de la récession. Mi-juillet, un autre promoteur, Martinsa-Fadesa, a entamé les mêmes démarches, ne parvenant pas à trouver 150 millions d’euros nécessaires au plan de refinancement de 4 milliards d’euros de dette. Ce sont les deux victimes les plus visibles de l’effondrement de l’édifice immobilier espagnol, érigé à un rythme vertigineux au cours d’une décennie de croissance folle pendant laquelle des millions de logements ont été construits et les prix ont explosé. Depuis le début de l’année, les ventes de biens immobiliers s’effondrent et les prix baissent. D’autres promoteurs, plus petits, ont déjà sombré, étranglés par leurs dettes, éclaboussant à leur tour les banques mises à mal par la crise financière internationale qui les prive de liquidités. Selon des chiffres cités par les médias, plus de 10 milliards d’euros de dettes de promoteurs seraient compromis. Autre figure emblématique de l’âge d’or puis de la déchéance de la brique espagnole, Colonial, sent aussi le vent du boulet. «Si Colonial ne pouvait pas respecter ses obligations de vente (…) cela pourrait avoir un impact substantiel sur l’activité, les résultats et la situation financière de Colonial» et conduire, «en dernier recours à l’insolvabilité et la demande de cessation de paiement», a annoncé le promoteur dans un document boursier. Ses banques créancières regroupées en un syndicat sont devenues son principal actionnaire en avril. Le groupe est finalement parvenu en septembre à restructurer sa dette mais n’est pas pour autant tiré d’affaire car il doit procéder à des cessions d’actifs dans le cadre de ce refinancement: 33% du français SFL, 15,4% du groupe espagnol de BTP FCC, ou encore de 100% de la filiale Riofisa. Or, en cette période de crise financière et économique, Colonial ne trouve pas acheteur pour le moment. Le gouvernement socialiste a écarté toute intervention pour sauver les promoteurs trop gloutons qui n’ont pas su se préparer pour la crise. «Certaines entreprises ont misé sur le fait que les choses allaient se maintenir, et ont pris plus de risques», a relevé vendredi le ministre de l’Economie Pedro Solbes. «Le gouvernement souhaite que le tissu entrepreneurial résiste, mais cela n’empêche pas que ce genre de situation (la cessation de paiement d’Habitat) survienne», a-t-il déclaré, écartant toute intervention publique.

• Fabien Zamora (AFP)

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