Lettre du tourisme : Basta !

Les pauvres lecteurs de la chose touristique ont la tête qui tourne devant la farandole des communiqués, des interviews et des papiers commandités qui dansent une java interminable. Jamais depuis l’Indépendance, le tourisme n’a fait l’objet d’autant d’intérêt journalistique. Nous sommes assaillis au quotidien par des chiffres, des analyses, des pronostics et il devient de plus en plus difficile de garder son indépendance d’esprit devant ce matraquage sans précédent. Le problème est qu’au fur et à mesure que la farandole s’accélère, les réalités s’estompent.
Entraîné par le mouvement, notre regard est perdu, il n’aperçoit pas les contradictions et les zones d’ombre. Pourtant la lecture des dernières déclarations d’Amyn Alami, rédacteur du contrat-cadre et co-concepteur des accords CGEM/gouvernement, homme intéressant par ailleurs, nous révèle des réalités différentes qui se juxtaposent . Mises côte à côte, les phrases fortes de sa prestation éclairent notre lanterne : «Nos partenaires se sont progressivement laissés convaincre par la réalité de la vision 2010.», «Grosso modo, il s’agit de cinq obstacles structurels qui se dressent devant l’épanouissement du tourisme au Maroc : le produit, le financement, le budget, la promotion et puis l’aérien». «Ces cinq verrous ont progressivement sauté au cours des quatre dernières années. Cela dit, le fait qu’ils sautent ne veut pas dire que le problème est totalement réglé. Il faut être aveugle pour ne pas voir que la vision 2010 ira à son terme», «Depuis que j’ai écrit le contrat-programme en janvier 2000, et où j’ai inscrit les quatre grands thèmes, il y a eu beaucoup de travail accompli. Mais on doit avouer que cela ne débouchait pas que sur des points concrets.», «J’ai le sentiment aujourd’hui que nous avons dépassé les années de démarrage de cette vision pour entrer de plain-pied dans la deuxième partie où tous les verrous ont sauté et où tous les pistons sont mis en marche.», «Sauf événements complètement imprévisibles, je n’ai pratiquement aucun doute que nous aurons 10 millions de touristes à l’horizon 2010.»… «La fiscalité n’a pas été traitée parce que le problème ne se pose pas comme un enjeu majeur», «On n’atteindra peut-être pas les 10 millions de touristes en 2010, mais probablement en 2012. Ma conviction aujourd’hui, c’est que la machine est lancée. Le reste, l’année exacte, c’est presque un détail.», «On a fixé l’objectif 2010 et on verra l’objectif 2020. Tout cela va bien au-delà de l’objectif… C’est un projet économique d’ampleur…». Si ce genre de discours ne vise pas à noyer le poisson, il en a bien l’air. En tout cas, la communication systématique nuit à la communication sachant que les lecteurs avisés arrivent à recadrer les événements . Pour eux, le tourisme de la vision 2010 ne peut être appréhendé qu’à travers ses retombées économiques et sociales et ils regrettent déjà que la croissance du PIB (8,5% par an) durant les quatre dernières années n’a pas atteint la moitié de ce qui a été prévu et que la loi de Finances 2005 annonce un PIB de seulement 3%.
Pour le reste : fiscalité, financement, produit, aérien…disons que nous avons effectivement mis le pied à l’étrier, mais cela ne signifie nullement que nous nous sommes rendu maîtres du parcours. Faute de volontarisme et de méthodologie. Basta !

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