Lettre du tourisme : Islam et tourisme, la dimension culturelle

Il est tout à fait naïf de croire qu’on peut faire l’impasse sur l’examen -attentif et responsable- de la dimension culturelle du tourisme. Pourquoi? Parce qu’en tant qu’activité sociale, ce secteur induit des réflexes, des attitudes et des modes de comportement qui peuvent être en contradiction avec les valeurs musulmanes.
C’est dire qu’ambitionner un tourisme expansionniste et émancipé à l’européenne n’est certes pas sans danger pour des sociétés conservatrices comme la nôtre. En effet, si l’Europe est laïque, le Maroc ne l’est pas ; et il est donc de la plus grande sagesse de procéder à une évaluation minutieuse de l’état des lieux avant d’ouvrir les vannes à dix millions de touristes attendus en 2010.
Après avoir totalement occulté la dimension culturelle du tourisme dans leurs études et accords, les concepteurs de la vision 2010 se rattrapent aujourd’hui. Ils affirment que le caractère musulman de la destination n’est pas antinomique avec une vision ambitieuse pour le tourisme évoquant volontiers l’exemple turc. Cette affirmation ne peut pas constituer par elle-même une doctrine en la matière. Tout le monde sait que ni Ataturc ni tous les militaires qui ont présidé au destin de ce grand pays musulman n’ont eu raison de l’Islam en tant que foi et morale quotidienne puisque le parti au pouvoir aujourd’hui, le PJD, dirige le pays en son nom. La société turque n’est pas si permissive que l’on le croit et sa résistance au relâchement des moeurs est réelle. En tout état de cause, le développement humain en Turquie est tel que des compromis par étapes ont été envisagés et pratiqués sans que les valeurs musulmanes de référence des Turcs soient entamées. Telles les braises ardentes qui couvent sous les cendres, elles brûlent en douceur et peuvent rallumer le feu ravageur à tout moment.
L’exemple le plus probant pour le Maroc serait plutôt celui des Emirats et de Qatar qui ont choisi de protéger leurs citoyens contre toute agression culturelle contraire à leur identité et à leurs moeurs.
Ils ont ainsi veillé, de manière sourcilleuse même, à ne pas bousculer les habitudes de leurs peuples, ses comportements, sa manière d’être et de vivre. Ils ont décidé de garder à la rue ses valeurs musulmanes et d’attribuer des espaces de « zones franches » pour les moeurs importées à travers les hôtels et les établissements touristiques.
Déclassés économiquement face à un Occident triomphant, nos citoyens peuvent se sentir menacés dans les certitudes qui fondent leur identité. Ils peuvent douter du « bon choix » en faveur du tourisme, ils peuvent être enclins même à le contester en bloc. Or, il faut sans cesse souligner, face à cet éventuel état d’esprit réducteur-pouvant d’ailleurs être insidieusement instrumentalisé par des sensibilités obscurantistes- que seul un développement fort peut générer des effets économiques significatifs et rapides, capables d’apporter l’adhésion et l’implication des Marocains.
Il appartient au Premier ministre de constituer des cellules de réflexion pour accompagner le développement du tourisme attendu au terme de la vison 2010. L’approche quantitative ne saurait suffire. Elle doit être confortée par une dimension culturelle : c’est la condition pour réussir un tourisme serein et rentable…

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