Lettre du tourisme : Tanger à la recherche d’elle-même !

Lettre du tourisme : Tanger à la recherche d’elle-même !

En fait, cette ville pose aux pouvoirs publics plus de problèmes que toutes les cités du Royaume en mal de développement. Les défis sont ici d’une autre nature et renvoient à des références historiques qui nous interpellent.
Le président d’un groupe immobilier espagnol me disait récemment que jusqu’à l’indépendance du Maroc il venait avec des amis chercher des loisirs et admirer la modernité dans la ville de Tanger, ses avenues et sa plage. Ville de statut international, riche et adulée, Tanger était en avant-garde sur l’ensemble du pays, sans conteste, et même sur l’Espagne. Quelle mouche nous avait piqués pour renoncer à ce paradis sur terre qui aurait pu servir de puissante locomotive économique pour l’ensemble du Royaume en tant que zone franche et place financière internationale ?
Un grand "Dubaï" ou un petit "Hongkong" maghrébin, faits sur mesure ! Cette mouche bien entendu s’appelait volonté d’indépendance et, comment en vouloir aux hommes de l’époque, pressés de faire triompher au maximum leur orgueil légitime.
Les conséquences de cela sont que Tanger est devenu aujourd’hui, après un demi siècle d’indépendance, une ville sale et triste, pauvre et besogneuse.
Pour un Marocain qui n’a pas été en Espagne depuis deux ou trois décennies et qui vient d’y passer un week-end, le retour de la traversée du détroit peut être chargé d’émotions dramatiques en rentrant tôt à l’aéroport de Tanger "Boukhalef" et découvrant un aéroport tiers-mondiste presque désert où opèrent des employés qui traînent le pied, un agent de frontière à moitié endormi dans sa cabine, des rues sales où des chats concentrés sur de maigres festins le long des trottoirs défoncés où l’édilité n’a pas été assurée depuis deux ou trois jours, une population mal habillée marchant résignée, épaules écrasées par un destin qui s’appelle sous-développement chronique…Alors que de l’autre côté, juste en face-brille une civilisation accomplie où triomphe un libéralisme de bon aloi… Tanger étale 7000 lits hôteliers qu’elle arrive à peine à remplir à 44% et encore grâce au tourisme interne qui constitue depuis 2001 la majorité absolue de sa clientèle. Les efforts conjugués du privé et de l’Etat ne pourront rien devant les dimensions colossales des besoins nécessaires d’abord à la mise à niveau de Tanger, ensuite à sa relance économique à deux chiffres.
Dans ce genre d’affaires, la volonté politique seule est inopérante. Elle doit être accompagnée d’une véritable remise en cause de notre stratégie à long terme. Tanger a-t-elle besoin d’un plan style "Marshal" et garder son statut actuel ou devrait-elle redevenir zone franche internationale? A l’heure où l’Etat évoque sans le moindre complexe le concept de régionalisation et d’autonomie interne, la question n’est pas tout à fait saugrenue.

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