L’Europe réticente sur les subventions

L’Europe doit-elle reverser ses subventions agricoles non utilisées aux pays pauvres pour les aider à surmonter la crise alimentaire mondiale? L’idée avancée par Bruxelles est accueillie plutôt froidement par les Etats de l’UE qui redoutent de créer un précédent. «Je ne suis pas sûr que le meilleur moyen (d’aider les pays pauvres) soit de prendre l’argent des dépenses agricoles» européennes, a indiqué lundi à l’AFP le ministre slovène de l’Agriculture, Iztok Jarc, dont le pays préside l’UE.
«On ne peut pas nourrir la planète avec la Politique agricole commune» (PAC), a également jugé devant les journalistes le ministre autrichien, Josef Pröll, en marge d’une réunion avec ses homologues européens à Maribor, en Slovénie.
Son homologue néerlandaise, Gerda Verburg, a parlé «d’une idée sympathique mais qui, j’en ai peur, ne marche pas» sur le long terme. Et le ministre allemand Horst Seehofer a fait part de son «grand scepticisme». À leurs yeux, seule une réorientation de l’aide internationale en direction de l’agriculture, pour aider les pays pauvres à reconstruire leur capacité agricole, permettra de résoudre les problèmes alimentaires. Un argument repris par la France, principale bénéficiaire de la PAC et première puissance agricole européenne.
«Cela peut être une solution dans l’urgence mais ce n’est pas une solution durable», a dit son ministre Michel Barnier.
La commissaire européenne à l’Agriculture Mariann Fischer Boel a jeté la semaine dernière un pavé dans la mare en proposant d’utiliser les fonds non dépensés de la PAC pour aider les pays pauvres déstabilisés par la flambée des prix alimentaires.
«Il faut voir dans quelle mesure on peut transférer de l’argent de l’agriculture européenne vers les pays moins développés pour l’achat de semences ou d’engrais» ou pour financer des programmes de microcrédit, a-t-elle encore déclaré dimanche au cours d’une conférence de presse en Slovénie. «Il faut montrer qu’on a la volonté d’aider ces pays», a-t-elle ajouté.
Du fait de la hausse des prix des produits agricoles dans le monde, l’UE a moins besoin de subventionner ses exploitants, pour garantir des tarifs minimum ou les aider à exporter, ce qui dégage des surplus budgétaires par rapport à ce qui avait été programmé. Bruxelles espère faire dans les prochaines semaines des propositions concrètes à ce sujet, à partir des surplus budgétaires attendus pour les années 2008 et 2009. Selon une source européenne, «on parle ici de plusieurs centaines de millions d’euros». La plupart des gouvernements européens sont sur la réserve car ils ne souhaitent pas créer un précédent. «Cela ne doit pas devenir une règle», a dit l’Allemand Horst Seehofer.
L’existence de ces surplus, dans le contexte nouveau de flambée des prix, est susceptible de donner des arguments aux adversaires de la PAC, à commencer par les Britanniques qui réclament régulièrement la baisse ou la suppression des subventions agricoles européennes, et ce à un moment où l’Europe est sous pression sur le sujet à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les pourfendeurs de la PAC arguent non seulement que les subventions seraient mieux utilisées ailleurs mais qu’en plus elles empêchent les pays pauvres de développer leur propre agriculture.

• Yacine Le Forestier (AFP)

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