L’évolution affichée par le secteur sera maintenue

L’évolution affichée par le secteur sera maintenue

ALM : Vous occupez  un poste qui a longtemps été vacant au sein de la FNAM. En quoi consiste la mission d’un délégué général ?

Mohamed El Mazouri : La mission étant de fédérer l’ensemble des acteurs du secteur autour de la vocation sociale de la microfinance en l’occurrence la lutte contre la précarité et l’exclusion financière. Le délégué général  joue également le rôle d’interlocuteur. Il a pour mission de présenter la vision du secteur et de défendre ses intérêts auprès du ministère de l’économie et des finances, de la banque centrale ainsi que d’autres intervenants, en l’occurrence les bailleurs de fonds.

Le secteur connaît une restructuration depuis 2012. Où en êtes-vous actuellement ?

En effet, notre feuille de route s’articule autour de la stratégie élaborée en 2012. Nous avons identifié, à horizon 2020, 7 axes stratégiques liés entre autres à l’environnement réglementaire, institutionnel, juridique et fiscal du secteur, à la gouvernance et l’efficacité opérationnelle des associations du micro-crédit ainsi qu’à la diversification des produits pour passer du micro-crédit à la microfinance. Plusieurs choses ont été faites sur ce plan. Le travail réalisé vise à renforcer les capacités des structures du secteur. De même, les associations ont commencé à élargir la palette de leurs offres en commercialisant de nouveaux produits d’assistance, tels que la micro-assurance et le transfert de fonds. Une étude est également en cours pour déterminer de nouveaux textes propices au développement de l’activité de la microfinance favorisant notamment, l’introduction des produits de l’épargne qui ne sont toujours pas autorisés par la loi. En termes d’intermédiation en opération de banques, certaines associations  proposent aussi des produits monétiques aux micro-entrepreneurs.

L’assainissement du secteur est-il arrivé à terme ?

Après la crise de 2008-2009, le secteur a procédé à une mise à niveau globale. Cela a démarré par des audits organisationnels qui ont permis aux structures du secteur de faire le point sur leurs situations. Ainsi, un plan d’assistance technique a vu le jour, ciblant l’ensemble des fondamentaux des structures de microcrédit allant de la gestion des risques jusqu’au déploiement d’un plan de continuité d’activité.  La gestion des ressources humaines a, également, été revue ainsi que le volet de la diversification de produits. Des études ont été lancées, dans ce sens, pour identifier les attentes des clients.

Le secteur a-t-il totalement rompu avec la crise de croissance ?

A périmètre juridique égal, le secteur ne peut dépasser ce qu’il réalise actuellement. C’est-à-dire une croissance de 5 à 6% en nombre de clients et de 10 à 12% en encours. Cette évolution continuera à se faire. Tout dépend du cadre réglementaire. Une fois revu, nous pourrons cibler de nouvelles niches, notamment la TPE. Sur ce point, nous négocions avec la Caisse centrale de garantie (CCG) la possibilité de  bénéficier d’un fonds propre à la microfinance qui nous permettra d’aller chercher ce genre de structure et de leur proposer des solutions de financement  adaptées. Si jamais les choses changent, les taux de progression seront plus ambitieux.

Qu’en est-il du financement du secteur ?

La stratégie  y a dédié tout un volet. Le secteur ne dispose pas actuellement de beaucoup de ressources. Les associations sont contraintes d’emprunter chez les banques et bailleurs internationaux pour assurer leur liquidité. De par leur statut associatif, ces structures n’ont pas la capacité de faire une augmentation de capital, de procéder à la titrisation de créance, d’avoir de nouveaux actionnaires ou encore de s’introduire en Bourse. Le financement est identifié en tant qu’axe stratégique de notre plan d’action. Pour atteindre des objectifs déterminants, il va falloir lever des fonds. Donc, nous devons agir à ce que le périmètre juridique soit élargi de manière à permettre aux structures du microcrédit de lever des fonds et  remplir par conséquent leur mission sociale.

Les gens ont toujours tendance à comparer la microfinance au système bancaire classique, notamments en terme de taux d’intérêt. Qu’en dites-vous dans ce sens ?

La microfinance est un secteur à dimension sociale. Nous parlons de taux d’inclusion et non pas de taux d’intérêt. Ce taux a  entre autres, pour base: la masse salariale du secteur. Dans la microfinance, 6.300 personnes gèrent un encours de 5,9 milliards de dirhams. Or, 2.000 personnes gèrent 3 milliards de dirhams de crédits à la consommation. Le secteur de la microfinance a donc besoin de beaucoup plus de ressources humaines pour gérer les petites sommes octroyées. Pour une meilleure appréciation du risque et des besoins, le travail des agents du secteur découle d’une proximité très étroite avec les microentrepreneurs. Tous ces facteurs conjugués aux actions de formation et d’accompagnement ont un coût, à savoir le taux d’inclusion qui est estimé en moyenne à 12%. C’est ce différentiel qui fait que la microfinance soit présente dans le milieu rural et les zones enclavées.
 

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