L’exception agricole

La semaine dernière, une conférence de presse a été organisée à Rabat pour exposer les résultats du cinquième round des négociations pour la conclusion d’un accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats-Unis. Etaient présents à cette rencontre, Catherine Novelli, chef négociateur américain, et Taïeb Fassi Fihri, ministre délégué aux Affaires étrangères et interlocuteur unique pour les autorités américaines. En fait, les deux parties ont enregistré des avancées sensibles dans pratiquement tous les secteurs. D’ailleurs, les négociateurs marocains ont exprimé leur satisfaction totale quant au déroulement des négociations. Toutefois, le cinquième round a été particulièrement difficile. Les parties ont commencé à débattre des détails de l’accord notamment en élaborant les annexes qui comportent, entre autres, les modalités d’application de l’accord et les configurations techniques des produits concernés. A cet effet, le Maroc a fait preuve d’intransigeance sur le volet agricole de l’accord. Il s’agit notamment des produits stratégiques et sensibles tels que les céréales, les viandes rouges et les légumineuses. Et pour cause, la levée totale des barrières douanières pour les produits américains risque de porter un coup dur à la production nationale. Surtout sachant que la production américaine notamment en céréales est régulièrement excédentaire. Malgré les avancées enregistrées dans les autres secteurs, Fassi-Fihri a assuré qu’il n’y aura pas d’accord partiel. En d’autres termes, pas de signature tant que les parties n’ont pas tranché sur tous les points. Le souci des négociateurs marocains est, avant tout, de préserver les emplois de milliers de Marocains travaillant dans le secteur agricole, de façon régulière ou temporaire, essentiellement dans le monde rural. En tout cas, les Américains semblent être conscients des contraintes marocaines. A cet effet, Catherine Novelli a rappelé, à juste titre d’ailleurs, que l’objectif de la conclusion de cet accord de libre-échange n’est pas de mettre à mal l’économie du Maroc mais au contraire de la rendre plus performante. Et d’ajouter que l’Administration américaine demeure particulièrement sensible aux efforts du gouvernement marocain pour le développement du monde rural. Elle a affirmé, dans ce sens, que son pays soutient les réformes agricoles en cours au Maroc et entend informer les investisseurs américains sur les opportunités d’investissement dans le Royaume. En somme, il est presque certain que nous nous acheminons donc vers une exception agricole en faveur du Maroc. Comme cela a été annoncé au début des pourparlers, la signature définitive de l’accord interviendra effectivement avant la fin de l’année 2003. Cela a été réitéré non seulement par Fassi Fihri, mais également par Novelli. Les négociations qui se tiennent au niveau de 12 commissions sectorielles doivent se poursuivre à la mi-novembre dans le cadre du sixième round. La date a été fixée aux 15 et 16 novembre prochain. Le lieu n’a pas été officiellement annoncé, mais selon certains observateurs c’est à Washington que les deux délégations vont se réunir de nouveau. Désormais, le texte de l’accord est fin prêt. Le prochain round sera consacré au « toilettage » de cet accord, à l’application des dernières retouches. Une fois paraphé par les négociateurs, l’accord sera solennellement signé par les responsables des deux gouvernements. L’accord n’entrera en vigueur qu’une fois ratifié par les Parlements des deux pays. Rappelons que le projet de conclure un accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats Unis avait été annoncé en avril 2001 lors de la visite d’Etat de S.M. le Roi Mohammed VI à Washington. A noter que les Etats-Unis ont signé un accord similaire avec d’autres pays du monde. C’est le cas du Chili, d’Israël et de la Jordanie. A ce titre, certains députés et hommes d’affaires jordaniens demandent depuis peu la révision de quelques clauses de l’accord, alors qu’il est déjà entré en vigueur. Pour éviter de tomber dans ce cas de figure, les négociateurs marocains ont intérêt à ne faire aucune concession qui risque de créer un blocage par la suite.

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