L’improbable tourisme de luxe

Avec un investissement de 70 milliards de DH, le Maroc compte accueillir 10 millions de touristes à l’horizon 2010.
Cette manne financière est notamment destinée à inciter les promoteurs à acquérir les terrains à vocation touristique. Le dernier bulletin du Centre Marocain de Conjoncture (CMC), souligne que « la promotion du balnéaire, avec 65 000 lits de capacité d’accueil additionnelle, représente 70% des objectifs ». Pour sa part, l’Office National Marocain de Tourisme (ONMT) a vu sa quote-part se multiplier par deux. Aussi, c’est 150 millions de DH que l’Office devra injecter dans des projets de promotion touristique.
Sur le plan institutionnel, la création des conseils régionaux de tourisme tentera de pallier les obstacles d’ordre fiscal particulièrement. Ces entités installeront des systèmes d’harmonisation et de simplification des dispositions de la fiscalité locale. Toutefois, comme le rappellent les conjoncturistes, le succès de cette « ambition-programme » repose toujours sur « les écueils » qui subsistent de la politique touristique, qui a prévalu au Maroc. Trois principales entraves existent. Il s’agit, selon le CMC, de l’option tarifaire d’un «tourisme de luxe», des pratiques rentières des promoteurs et du déficit en matière de la formation du personnel.
Dès lors, qu’en est-il de ce qu’on appelle «tourisme de luxe» ? Les enquêtes démontrent que les tours opérateurs étrangers et notamment européens considèrent que le «produit Maroc est relativement cher», précisent les analystes du CMC. Par ailleurs, à titre comparatif, avec les offres du marché latino-américain, le critère de la proximité ne tient plus.
Les séjours dans ces contrées bénéficient de l’intérêt des touristes, en raison des prix en vigueur. En matière de transport, le Maroc reste un pays cher. Les prix affichés par le transporteur aérien monopolistique ne sont pas concurrentiels. Autre élément, les tarifs en cours dans les établissements de luxe sont particulièrement excessifs en l’absence d’une «gamme intermédiaire d’hôtels». Au regard des conclusions émises par les conjoncturistes, cette situation «présente une limite majeure au développement du tourisme de masse à l’étranger et du tourisme intérieur». L’édification d’unités utilitaires et simples» aux normes donnera lieu à une stratégie de diversification. Et c’est au niveau du cahier de charge que cette obligation devrait apparaître. Le deuxième écueil précité réside dans l’option rentière des promoteurs. Ainsi, la résolution du problème du foncier évincera les projets à vocation spéculative.
Les pouvoirs publics injecteront un milliard de DH d’aide aux potentiels acquéreurs, sur la base d’un cahier de charges «rigoureux». Un premier versement de 200 millions de DH sera effectué à la fin de cette année. Le dernier volet et non des moindres tire l’alarme sur la question de formation des prestataires. Parmi les objectifs assignés pour 2010, 72 000 emplois sont prévus. Le CMC donne la répartition par catégories de qualification. Ainsi, 3 600 emplois à des postes de haute gestion, 14 000 cadres supérieurs, moyens et techniciens spécialisés, et 54 000 postes de techniciens et agents qualifiés, seront absorbés par le secteur. Toutefois, la capacité d’accueil au sein des établissements de formation reste limitée. La date butoir de 2010 demande le redoublement des efforts.

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