L’incertitude dans la peau

L’incertitude dans la peau

«Alors que son poids dans le secteur des industries de transformation du pays est incontestable, la filière-cuir marocaine est en proie à plusieurs maux qui affectent toutes ses composantes et menacent sa survie dans l’espace euro-méditerranéen », tel est, d’entrée, le sévère constat fait par l’étude d’analyse du potentiel du secteur cuir au Maroc, réalisée par le ministère de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau de l’économie, avec le soutien financier du programme Meda de l4, Union européenne.
Avec ses 330 entreprises employant 16.000 salariés, l’industrie du cuir a dégagé un chiffre d’affaires de 2,3 milliards de dirhams en 2001. La même année, ses exportations ont atteint 1,3 milliard de dirhams et sa valeur ajoutée environ 840 millions de dirhams. Ses investissements ont connu une évolution favorable durant ces cinq dernières années pour atteindre 161 millions de dirhams en 2001, soit un quasi doublement. Sur le terrain, la concurrence est jugée plutôt déloyale. Notamment, la nouvelle société SOMATAM est accusée de continuer à perturber le marché par ses aggissements peu clairs !
« Malgré tout, la compétitivité internationale des produits marocains est très loin d’être satisfaisante », estime l’étude. Les principales causes relevées sont le manque de qualification et de motivation du personnel ouvrier, l’état vétuste du parc matériel; la faiblesse de l’encadrement, l’exiguité et le manque de confort des exploitations industrielles, le niveau élevé des coûts de production; la faiblesse et l’insuffisance des équipements ainsi que le bas niveau de productivité.
En amont de la filière, la tannerie souffre, entre autres, d’une absence de structures de collecte, d’un manque de moyens de comparaison objectifs et des pratiques de certains opérateurs du secteur qui rendent difficiles toute possibilité de tarification et de cotations des peaux brutes que les éleveurs considèrent comme des sous-produits de l’élevage. S’agissant de l’industrie de la chaussure, son sous-équipement est notoire. « Sa compétitivité est également affectée par d’autres facteurs tels que la quasi-absence de bureaux d’études et de méthodes qui pourraient permettre de mieux appréhender les problèmes de respect des temps et des gammes opératoires, et donc de maîtriser les coûts ainsi que d’améliorer la rentabilité », estiment les auteurs de l’étude.
Le manque de créativité et de structures dédiées à la recherche-développement et l’isolement rendent difficile toute ouverture à l’international.
Malheureusement, la maroquinerie, la bagagerie et la confection de vêtements en peau ne sont pas épargnées. Ces activités souffrent elles aussi des maux évoqués.
Autant dire donc que la situation de la filière cuir marocaine est globalement préoccupante. Son avenir demeure très incertain dans un environnement international devenu très concurrentiel. Selon les spécialistes, une opportunité, qui ne risque plus de se renouveler, n’a pas été mise à profit. Suite à la crise de la vache folle et de la fièvre aphteuse qu’a connu l’Europe en 2000, ce qui s’est traduit par une forte demande de peaux brutes, semi-finies ou finies du Maroc et une raréfaction des peaux brutes sur le marché local (les exportations vers l’Europe ont été multipliées par 30 par rapport à 1999), le ministère du Commerce et de l’Industrie a soumis les exportations de wet-blue et stain à une licence. Une mesure, publiée au B.O du 4 mai 2001, et visant à préserver l’artisanat et à promouvoir l’industrie du cuir dont l’importance en termes d’emplois et de valeur ajoutée est incontestable. Deux années plus tard, cette restriction a été allégée pour les peaux et cuirs finis qui ne sont plus soumis à une licence d’exportation (BO n° 5040 du 19 septembre 2002).
« En outre, l’accord d’association signé en 2000 entre le Maroc et l’Union européenne a donné lieu à la création d’une ZLE relative aux produits industriels. La mise en place de cette ZLE permet chaque année de réduire les droits de douane et taxes d’effet équivalents sur les produits industriels marocains et ceux en provenance de l’UE », estime l’étude du ministère de tutelle.
Ces réductions se font selon un schéma de démantèlement tarifaire convenu entre le Maroc et l’UE et étalé sur une période allant jusqu’en 2012, date à laquelle les échanges seront libérés de toutes les taxes, excepté la TVA. Les produits du secteur cuir sont concernés par le démantèlement.
Pour l’avenir, l’analyse du potentiel du secteur du cuir propose une stratégie en trois phases qui devrait se développer au cours de cette décennie. La phase 1, dénommée phase de montée en puissance, devait aller de janvier 2004 à décembre 2006. Elle visait trois principaux objectifs : affranchir le secteur de son rôle de sous-traitant, jouer la carte de l’excellence et de la différenciation et améliorer la rentabilité et l’activité des entreprises. La phase 2 , dénommée phase de consolidation, couvrira la période Janvier 2007 – décembre 2008. Cette phase est extrêmement importante. Elle visera à effectuer des corrections de trajectoire par rapport aux objectifs et par rapport à l’évolution effective de la concurrence et des marchés. Sa matérialisation se fera par la mise en œuvre du plan d’action issu des résultats effectifs obtenus par la filière cuir par rapport aux objectifs fixés dans le plan 2004-2006.
Son but est essentiellement de consolider la filière pour lui permettre de faire un second grand saut qualitatif à compter des années 2009/2010. « Dans cette phase, les entreprises de la filière devront notamment commencer à travailler en réseau dans un cadre de mutualisation des moyens (communautarisation d’une coupe automatique, création d’un bureau commercial commun dans un marché cible, station CAO commune, services communs d’achat), ce qui leur permettra de développer des plateformes industrielles et commerciales, de réaliser des économies d’échelle, de renforcer leurs ressources et d’élargir et enrichir leurs offres de produits et de services et d’exporter plus, y compris vers des marchés hors de l’Europe.
La phase 3, baptisée phase de mutation, ira de janvier 2009 à décembre 2010. Lors de cette phase, il s’agit de faire effectuer à la filière, particulièrement à son élite, un autre bond qualitatif après la phase de consolidation 2007-2008. Les entreprises leaders devront sortir de la sphère industrielle et s’orienter vers le commerce et les services, au moyen d’une intégration vers la distribution, y compris en Europe, du transfert de leur production vers des réseaux vertueux de sous-traitants marocains hautement spécialisés ; ainsi que de la délocalisation industrielle vers des pays producteurs meilleur marché.
Pour élargir l’offre et dynamiser le marketing, des synergies devront également être recherchées avec le secteur de l’habillement.

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