L’industrie française reste déprimée

Le mois dernier, la consommation de produits manufacturés a progressé de 0,6% sur un mois, selon des chiffres publiés jeudi par l’Insee. Sur le troisième trimestre, elle a augmenté de 0,7%, alors qu’elle était restée nulle au deuxième trimestre. «C’est impressionnant. Alors que les marchés financiers internationaux et leurs acteurs paniquent (…), les ménages français continuent de consommer», s’étonne Marc Touati, analyste chez Global Equities. Les Français ont fait des achats en biens durables, notamment des voitures, en équipements pour leur logement et en vêtements, mais sont restés économes pour les produits pharmaceutiques, la parfumerie ou encore les livres et les disques.
Cette hausse est «supérieure à ce qu’on attendait», s’est félicitée la ministre de l’Economie Christine Lagarde. Pour autant, «je ne vais pas (…) vous dire que c’est soudain l’hirondelle qui va faire le printemps», a-t-elle ajouté. Si le pessimisme ne semblait pas avoir touché les ménages fin septembre, alors que la crise financière venait d’éclater, il s’est en revanche accentué chez les industriels en octobre. Leur moral a poursuivi son recul en octobre à 88 points contre 91 points en septembre, touchant son niveau le plus bas depuis décembre 1993, selon l’Insee. Les chefs d’entreprise de l’industrie manufacturière «estiment que leur activité passée a encore faibli» et se montrent pessimistes pour l’avenir, alors que «les carnets de commandes globaux se dégarnissent et sont jugés inférieurs à la normale». «Les industriels vont continuer de réduire leur production dans les trimestres à venir, reporter leurs projets d’investissements, et, finalement, ajuster leurs effectifs», commente Frédérique Cerisier, analyste chez BNP Paribas. «C’est désormais officiel (…): la France est entrée dans une situation économique analogue à celle de la récession de 1993», relève de son côté M. Touati. A court terme, la consommation des ménages devrait s’en ressentir, estiment les économistes. «Il est très vraisemblable qu’une nette correction baissière intervienne en octobre» et se poursuive jusqu’en fin de l’année, à cause de «la remontée du chômage, le climat économique anxiogène et la tentation de reconstituer une épargne de précaution», juge Alexander Law, économiste chez Xerfi. A plus long terme toutefois, les perspectives de consommation offrent «une petite dose d’espoir», estiment plusieurs analystes. Le plongeon actuel du baril de pétrole et des matières premières vont «évidemment permettre d’améliorer le pouvoir d’achat», commente M. Touati. «L’inflation revient dans des zones plus confortables» et il «sera sans doute bientôt possible de parler carrément de déflation», relève de son côté M. Law, soulignant qu’à «la différence des ménages britanniques, espagnols ou encore américains, les Français ne sont pas surendettés». Ainsi soutenue par les ménages, l’économie française devrait redémarrer à partir du second semestre 2009, prévoient MM. Law et Touati. 


• Laure Fillon et Jérémy Tordjman (AFP)

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