L’Informel : un mal structurel

L’Informel : un mal structurel

Le Haut Commissaire au Plan, Ahmed Lahlimi, a le sens des chiffres. S’exprimant lors d’une conférence-débat sous le thème « L’économie informelle au Maroc: état des lieux, ambivalences et perspectives », organisé jeudi dernier à Marrakech par le Rotary Club Koutoubia en collaboration la CCIS de Marrakech et le Fondation allemande « Konrad Adenauer », M. Lahlimi a dressé un tableau intéressant de l’informel national. Ainsi on apprend que, par segment d’activité, le commerce reste l’activité dominante du secteur informel avec plus de 50 %, suivi de l’artisanat et des services avec 20 % chacune. Les rapports entre le secteur informel et les PME « formelles » ne sont pas moins importants. M. Lahlimi précise que « le secteur informel fournit quelque 60 % de la matière première au secteur formel ».
Chiffres à l’appui, les liens entre le secteur formel et informel au Maroc sont de nature structurelle. À l’opposé d’une prétendue logique de conflit, l’économie informelle est belle et bien subordonnée à l’économie formelle. Les économistes expliquent ce type de rapport par fait que les capitalistes privilégiés de l’économie formelle cherchent à affaiblir les relations d’emploi et tenir la main-d’oeuvre de l’économie informelle dans leur dépendance, et ceci, afin d’abaisser le coût du travail et d’améliorer leur compétitivité. Reste que cette explication ne renseigne pas sur l’étendue du problème. Pourquoi, en effet, l’économie informelle continue à s’accroître ?
Diverses analyses économiques renvoient cette tendance à la juxtaposition de trois facteurs. D’abord, la forme de croissance économique. Dans plusieurs pays, notamment le Maroc, la faible croissance fait que le nombre des emplois créés reste insuffisant par rapport au nombre des personnes en quête d’un emploi. Conséquence: beaucoup se rabattent sur l’économie informelle pour trouver ou créer un emploi. Ensuite, les restructurations et les crises économiques. Durant ces périodes, l’économie informelle tend à s’accroître, notamment à cause de la contraction du service public et l’instabilité du secteur privé. Enfin, la mondialisation des échanges et des investissements. Celle-ci tend en effet à privilégier le capital et les entreprises qui peuvent se déplacer rapidement et facilement d’un pays à l’autre, au détriment des travailleurs, surtout les moins qualifiés.
Au Maroc, l’accélération de la cadence des accords de libre-échange pose la question de leur impact sur l’économie informelle. Globalement, les effets différents en fonction des catégories socioprofessionnelles des acteurs de l’économie informelle. Théoriquement, la mondialisation ouvre de nouvelles possibilités économiques aux petites entreprises informelles en élargissant leur accès aux marchés mondiaux. Mais cela suppose, en parallèle, une organisation efficace qui fait souvent défaut à ces dernières. À l’inverse, la concurrence des produits importés obligera beaucoup de petites entreprises à fermer leurs portes. La plus grande inquiétude concerne surtout la catégorie des « salariés » du secteur informel. Car la mondialisation contribue à l’augmentation du nombre des salariés dans l’économie informelle et à la précarisation de leur situation.
Dans de nombreux pays, les délocalisations provoquent un mouvement d’abaissement des conditions d’emploi et entraînent une dégradation des rémunérations, des prestations et de la sécurité dans l’emploi. Si cette donne sociale caractérise déjà de nombreux secteurs économiques qui agissent s’une manière ou d’une autre dans l’informel (Textile, cuir, construction, ect.), les accords du libre-échange risquent d’aggraver encore la situation.

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