L’offensive de la «Fed» commence à inquiéter

Avec ses baisses de taux massives, la Banque centrale américaine (Fed) veut prendre toutes les assurances possibles contre le scénario d’une récession, mais son attitude ultra-offensive commence à susciter des inquiétudes chez certains analystes. Mercredi, la Fed a baissé d’un demi-point son taux directeur pour le ramener à 3%. Cela signifie qu’elle a réduit le loyer de l’argent de 1,25 point en huit jours, et de 2,25 points depuis l’été — des réductions considérables qui soulèvent des questions chez les analystes sur l’ampleur réelle de la crise.
«La Fed est offensive comme jamais», affirme l’économiste indépendant Robert Brusca, qui note qu’il faut sans doute remonter au début des années 80 pour trouver une baisse des taux aussi drastique dans un si court laps de temps. De plus, la banque centrale a clairement laissé entendre qu’elle pourrait assouplir encore la politique monétaire "si besoin est", ce qui dans le langage codé des banquiers centraux est quasiment une promesse de baisse des taux.
Pourtant, la décision de la Fed a fait l’effet d’un pétard mouillé à Wall Street, qui a terminé en baisse mercredi. «La question qui se pose est: de quoi la Fed a-t-elle peur? Et qu’est-ce qu’elle essaye d’obtenir?» ajoute M. Brusca. Pour les économistes, la banque centrale a fait le constat qu’elle se trouvait devant une situation économique particulièrement périlleuse et qu’il lui fallait la contrer par tous les moyens. «La Fed a peur qu’une récession fasse boule de neige et qu’elle échappe à tout contrôle», avec une crise de l’immobilier dégénérant en récession en plus d’un secteur financier affaibli, note M. Brusca. C’est un scénario que le président de la Fed, Ben Bernanke, éminent spécialiste de la crise de 1929, connaît bien et qu’il veut éviter à tout prix. Après avoir été accusée de prendre bien tard conscience de la gravité de la crise, la Fed veut ne plus être prise en défaut. Elle a déjà fait sauter le tabou des baisses de taux sans préavis, elle a innové en injectant des liquidités sur les marchés par le biais de nouvelles adjudications, et maintenant elle agit de façon préventive en baissant fortement ses taux. Le calendrier joue aussi un rôle, note Brian Bethune de Global Insight. «La Fed doit jeter une bouée de sauvetage à l’économie en attenant que le plan de relance (poussé par le président George W. Bush) fasse effet», ce qui, compte tenu des délais d’approbation au Congrès et de la mise en place par l’administration fiscale, n’aura pas lieu avant l’été, affirme-t-il.
«Cela laisse cinq longs mois dans le climat volatil actuel pour les marchés financiers», ajoute l’économiste. Dans cette optique, la prochaine réunion de la Fed programmée le 18 mars semble bien lointaine. D’ici là, les marchés auront reçu les chiffres de l’emploi de janvier et de février, et une vague d’indicateurs leur donnant toute latitude pour bondir ou s’écrouler selon que se confirmera, ou non, le scénario d’une récession. C’est pourquoi les économistes n’excluent pas que la banque centrale, désormais en mode ultra-réactif, ne réitère ses baisses de taux inopinées. «Il faudra que les turbulences se calment sur les marchés financiers pour que la Fed garde le statu quo jusqu’au 18 mars», estime Stephen Gallagher, de la Société Générale.
L’économiste pense que la banque centrale ramènera le taux réel (c’est-à-dire le taux directeur moins l’inflation) à zéro. On n’en est pas loin aujourd’hui, avec une inflation de base de 2,7% au quatrième trimestre. Ce serait un niveau historiquement accommodant, mais tout à fait possible puisque la Fed avait poussé le taux réel en dessous de zéro en 2002 et 2003, pour contrer les risques de déflation, notamment.

• Claire Gallen (AFP)

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