Lydec : Une facture très salée

Lydec : Une facture très salée

Avant de couler de votre robinet, l’eau courante effectue un parcours digne d’une odyssée. A la base, il y a d’abord l’ONEP. Premier producteur, mais aussi premier distributeur d’eau au Maroc,  avec un million de clients au compteur à la fin 2004.
L’Office national de l’eau potable produit l’eau en exploitant barrages et nappes. Il s’agit d’investissements assez coûteux et variant d’une ville à l’autre.
L’eau traitée est ensuite acheminée à l’entrée des villes et vendue aux régies à un tarif fixé par un décret du Premier ministre. Une commission des prix composée des ministères des Affaires économiques, de l’Intérieur, des Finances et de l’Aménagement du territoire, veille au grain. Toute proposition d’augmentation de prix de la part de l’ONEP devra d’abord être discutée à ce niveau.
En quatre ans, l’Office n’a procédé qu’à une seule augmentation, un taux de 4% appliqué en avril 2003.
Pourtant le contrat-programme signé plutôt, en l’an 2000, stipulait une augmentation de 8% par an pour compenser les investissements consentis par l’ONEP. Ainsi, outre un projet de  800 millions de dirhams consacré au renforcement des installations d’Agadir, et presque autant pour Oujda,  l’ONEP intervient aussi dans plusieurs chantiers, comme Tanger Med, Nador, etc. Desservir le monde rural fait partie des priorités. Sur l’ensemble du Maroc, l’Office espère atteindre un taux de desserte de 70% en 2005 et 90% à la fin 2007.
Aujourd’hui, les bailleurs de fonds de l’ONEP à savoir, la Banque européenne d’investissement (BEI), l’Agence française de développement (AFD), la JBIC (Japon) voudraient bien, à défaut de l’augmentation prévue dans le contrat-programme, une révision de la tarification pour permettre à l’Office de garder son équilibre. Cette éventualité fait l’objet de consultations entre  les différents ministères concernés. Il s’agit de voir dans quelles mesures, on pourrait appliquer une tarification souple pour le consommateur et équilibrée pour l’ONEP.
Parmi les suggestions débattues, l’augmentation de la redevance fixe. Cette appellation désigne ce que l’abonné paye en ne consommant rien, en gardant sa maison fermée. Le hic c’est que cette redevance, de l’ordre de 2,5 dirhams par mois (dans les endroits desservis directement par l’ONEP), ne couvre même pas les frais d’émission de facture !
A Casablanca, la redevance fixe tourne autour de 6 dirhams. Vu le nombre d’appartements inoccupés, cela représente de grosses pertes à l’arrivée. L’ONEP demande au moins un alignement de cette redevance sur le coût du papier de la facture.
Autre piste de réflexion, la tranche sociale, d’un volume global de 8 mètres cubes actuellement. Gros et petits consommateurs bénéficient du tarif spécial appliqué sur cette première tranche. L’idéal serait d’en exclure cette deuxième catégorie et, in fine, de ramener le volume de la première tranche à  6 mètres cubes, pour des considérations plus environnementales qu’économiques.
Souvent réticente à toute variation à la hausse de ces prix, vu la sensibilité de la denrée en question, la commission des prix continue donc de fixer les prix en amont. Mais qu’en est-il, une fois l’eau, produite, traitée, transportée, arrive dans les faubourgs de la ville ?
La Lyonnaise des Eaux de Casablanca par exemple,  paye le m3 à 4 dirhams hors taxes. Il s’agit d’une tarification qui ne reflète pas le coût réel de la production de l’eau. Mais ce n’est pas un prix subventionné, comme l’a bien précisé Omar Fassi Fihri, le directeur général de l’ONEP. «Ce tarif pratiqué, explique-t-il, est le résultat d’un système de péréquation et de solidarité entre les différentes villes du Royaume. Produire de l’eau coûte plus cher à Agadir qu’à Casablanca.
Dans des villes comme Laâyoune où c’est la technique de dessalement de l’eau mer qui est utilisée, le coût de production du mètre cube arrive aisément à 25 dirhams ».
Mais dès les faubourgs des villes, le tarif du mètre cube a tendance à devenir élastique. A partir de là l’eau échappe au pouvoir de la commission des prix. Conséquence, un tarif moyen qui atteint presque  6 dirhams le mètre cube chez la Lydec. Le gestionnaire d’eau à Casablanca fait payer au consommateur son programme d’assainissement.  Inutile de le vérifier dans la facture, nouveau format, puisque celle-ci au nom de la « simplification »  regroupe pêle-mêle eau et assainissement. L’ancienne facture était plus explicite. Aujourd’hui, le coût de l’assainissement pèse de plus en plus sur le dos du consommateur.  A la Lydec, en l’absence du directeur général et de son adjoint, «en mission », a-t-on précisé, aucun interlocuteur n’a voulu aborder cette question, qui relève pourtant du domaine public.
L’on sait que les tarifs à la distribution proposés par ce gestionnaire font l’objet d’une convention avec les collectivités. Mais cette convention prend-elle en compte la rubrique assainissement?

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