Majeed Hujair : «Plus le commerce est digitalisé, plus il sera bénéfique pour l’économie»

Majeed Hujair : «Plus le commerce est digitalisé, plus il sera bénéfique pour l’économie»

Entretien avec Majeed Hujair, directeur Senior de Visa School of Public Policy à Dubaï

Majeed Hujair a participé, mardi à Rabat, à la conférence Euromoney Morocco 2019, dédiée à l’investissement transfrontalier ainsi qu’aux marchés des capitaux et organisée pour la première fois au Royaume. Nous l’avons rencontré en marge de l’événement à l’issue de sa participation à un panel sur le thème  «Le Maroc de l’avenir : stratégie économique et perspectives du marché». Le débat a mis en lumière les retombées des paiements numériques sur la croissance économique. L’échange a également permis d’évoquer le rôle majeur du gouvernement en vue de favoriser la monétique et la nécessité de lever les obstacles à son utilisation.

ALM : La conférence Euromoney consacrée à l’investissement transfrontalier et aux marchés des capitaux a été organisée pour la première fois au Maroc. Quel en est, selon vous, l’apport pour le Royaume ?

Majeed Hujair : Permettez-moi de vous rappeler que nous sommes  Visa, l’un des sponsors de l’événement. Pour répondre à votre question, je dirais que j’ai témoigné, de par mon expérience, lors de cette manifestation, des meilleurs apports pour le Maroc. Il s’agit de points de vue et d’apprentissages internationaux. Les participants, qui sont venus du monde entier, avaient le même message. Ils sont intéressés par le Maroc. Ils ont pu voir le potentiel et les opportunités d’affaires au Maroc. Nous avons également eu l’occasion d’écouter le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, qui a présenté un point de vue intéressant sur sa stratégie et la manière dont il veut aller de l’avant et la raison de l’importance, pour les Marocains, d’aller vers les solutions digitales. Dans l’ensemble, cet événement est important de par le rassemblement de différents talents intéressés par les affaires et la promotion de leurs entreprises au Maroc. Cela veut dire que le Royaume est important pour eux. Telle est la valeur ajoutée de l’événement pour le pays.    

Il était également question dans l’événement des défis des marchés de capitaux. Comment fait Visa, en tant qu’entreprise, face à ces challenges ?

Cela rejoint mon intervention où j’ai parlé des défis pour le commerce digital dans lequel Visa est spécialisé. Je prendrais le cas du  Maroc qui a une population qui dépasse 35 millions d’habitants. Quand j’ai comparé ce nombre au paiement digital, c’est seulement 2 milliards de dollars dépensés en paiement digital au Maroc contre 110 milliards de dollars du Produit intérieur brut (PIB). Cela représente, selon les derniers chiffres de 2018, seulement 5% du total des dépenses de la consommation personnelle. Si l’on exclut les touristes et hommes d’affaires qui viennent payer les hôtels qui font partie des 2 milliards de dollars, cela signifie que le Maroc dépend largement du cash soit 93% de la population. Ce taux représente une grande opportunité pour le Maroc. Pour moi, la bonne nouvelle c’est que le Royaume est aujourd’hui mieux placé pour passer par une nouvelle voie et approche pour traiter le paiement digital sans passer nécessairement par les guichets traditionnels. Au Maroc, il y a aussi 40 millions de téléphones mobiles et 50 millions de cartes de crédit. Plusieurs pays, notamment ceux en développement, n’ont pas cette grande opportunité et essaient déjà de créer des comptes bancaires pour la population. Vous avez, au Maroc, franchi un grand pas pour les jeunes âgés d’environ 15 ans. 58% de la population de 15 ans est déjà bancarisée. Mais il reste 93% qui traite par cash.

Quant au nombre de guichets automatiques, il y a seulement 5.000 de par le Maroc, cela veut dire que quand on est en dehors des grandes villes comme Rabat, Casablanca, Tanger, Marrakech, Fès, il faut se déplacer pour prendre du cash. Ce nombre est considéré minime. Si l’on prend la population bancarisée, le ratio serait assez bas. Cela veut dire que les guichets sont concentrés dans les zones fréquentées par les touristes et où il y a les grands malls et restaurants. Aussi il existe 50 millions de crédits, mais seulement 25% de la population utilise ces guichets automatiques. La majorité de ces usages se fait par retrait.

Que devrait faire le Maroc face à ces défis ?

Il faut qu’il y ait une stratégie nationale doublée d’une feuille de route clairement menée par le gouvernement en partenariat avec le secteur privé et d’autres intervenants. L’objectif étant de créer un conseil dédié au paiement national. Quant aux défis, ils se manifestent par l’attachement de la population au cash. C’est une culture chez les individus. Il faut également réfléchir au Maroc dans son intégralité et pas seulement aux zones touristiques. D’où l’intérêt de partir en zones rurales et voir la manière dont l’infrastructure de la téléphonie mobile est conçue. Il faut aussi voir la manière dont les petits commerçants, que vous et moi fréquentons quotidiennement sans compter les hôtels et les grands restaurants, reçoivent des facilités. Il faut de plus apporter une stratégie nationale d’inclusion financière. Aussi, une éducation financière inclusive et digitale s’impose sachant que la population a déjà des téléphones mobiles. Dans l’ensemble, tout est possible à condition qu’une stratégie claire soit mise en place outre les autres éléments déjà cités.

Dans votre intervention, vous avez parlé de la digitalisation qui peut améliorer l’efficacité commerciale. Comment ?

Dans ce sens, je propose plutôt quatre solutions. Le Maroc peut, premièrement, prendre la grande pénétration du mobile comme effet de levier. Ce qui existe déjà. Cet effet peut deuxièmement être exercé sur le grand nombre de cartes de crédit qui existent en masse sans être actives. En troisième lieu, il est question de créer un conseil dédié au paiement. Ce conseil serait responsable de la croissance du paiement digital tout en mettant l’accent sur l’éducation financière. Quatrièmement il faut offrir des incentives. Aussi il faut être capable de faciliter l’accès à la technologie à bas coût. Il faut également venir avec une nouvelle solution pour les petits commerçants qui sont en dehors du système financier. Pour ce faire, le gouvernement et la banque centrale doivent simplifier la digitalisation. Les petits commerçants doivent être compris et se voir offrir des incentives pour intégrer le paiement digital.

Un dernier mot…

Le Maroc est une destination touristique. Plus le commerce est digitalisé, plus il sera bénéfique pour l’économie. Ainsi les touristes dépenseront plus non seulement dans les grands hôtels mais aussi dans les petits commerces. C’est pourquoi j’encourage l’inclusion de cet élément de tourisme via le paiement digital.

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