Manhattan, un service musclé

Manhattan, un service musclé

Ce soir là, l’on se pressait devant la porte de Manhattan où des artistes canadiens et marocains allaient se produire. Côté restaurant, soirée dédiée à l’Absolut Mandarin, accompagné d’une foultitude de bonnes saveurs et de recettes réputées. Dans sa catégorie, le Manhattan est un établissement de bonne facture avec food cost qui veut qu’il vaut, et qui est nettement au-dessus des «poids plume ». L’handicap du service omniprésent dans ce genre d’établissements est souvent comblé par la gentillesse et le sourire des serveurs. Ce qui fait que Manhattan est bien fréquenté, ce qui fait que tous les soirs la maison en grange du succès.
Les meilleures tables étaient déjà réservées d’avance, les retardataires n’ayant pour toute consolation que le Pub, toujours agréable, et le bar qui laisse à désirer avec des luminaires veillots, une ambiance retro qui évoque des thèmes des années 70. Impressionnés par la demande, quelques garçons, en poste avancé à l’entrée, filtrant du regard les clients, refoulaient fermement. Certains de ces préposés à la porte étaient légèrement énervés, n’étant sans doute pas habitués à une telle pression, ou, appliquant aveuglement des consignes. Mais quelles consignes ?
«Pas d’accès au Pub, les gens sont en train de dîner », tempêta un garçon barrant de son corps la porte. L’irréparable est évité de justesse avec les quatre jeunes gens, sûrement des habitués, qui ne voulaient qu’accéder au Pub. Ce n’était pas l’avis du garçon pour qui cet endroit n’ouvrait qu’à minuit.
Qu’à cela ne tienne, répliqua l’un des clients mis en cause, «nous irons au bar ou même au restaurant !». Vexé sans doute par quelques petites remarques échangées à voix basse, le garçon s’enflamme. S’ensuit de nouvelles séances d’explications où les tons de part et d’autre n’étaient pas loin du dérapage.
Heureusement pour le groupe, passe un ange. Un artiste qui reconnaît aussitôt l’un des indésirables et, en un quart de seconde, le même garçon est obligé de céder, ravalant sa colère en silence. Mais ce n’était que partie remise. Une fois à l’intérieur du Pub, le groupe choisit une table pour s’attabler, y arrive, s’attable, attend, les serveurs comme nous l’avons dit, étaient ailleurs. Le même garçon vint avec calme mais toujours la même fermeté, annoncer que la «table est réservée ». S’ensuit un nouveau dialogue de sourds, des protestations à voix haute qui jettent un petit froid dans ce cadre exquis. L’un des clients, une jeune dame, fait remarquer au garçon que la mention «réservée » ne figure nullement sur la table et que, par conséquent, elle est libre. « Eh ben c’est comme ça ! », allez où vous voulez. Nouveau miracle, l’artiste qui avait sauvé la mise à l’entrée s’interpose et oblige une nouvelle fois le garçon à céder. Mais c’était déjà consommé, la fête était gâchée.
Fulminants, les quatre clients se dirigèrent vers la sortie, croisant un jeune homme très pressé, courant dans tous les sens et qui se trouve être le propriétaire de la Maison. L’histoire qui lui fut racontée séance tenante ne l’émut outre mesure. «Non non, ici on reçoit bien et correctement, si vous n’êtes pas content, c’est votre problème ! ». Et déjà, il courait dans tous les sens. Car la fête de l’Absolut venait tout juste de commencer.

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