Marché monétaire : De l’argent à 0% !

En ces temps de vaches maigres, la bourse de Casablanca n’a désormais plus rien à envier aux marchés monétaire et obligataire. Mardi 28 mai, les liquidités abondantes sur les deux marchés ont fait chuter les taux à un plus bas historique de 0,25%. Le loyer de l’argent est en réalité de 0% ! Un niveau qui n’a pas été observé depuis juillet 2001, mois durant lequel la banque centrale maintenait artificiellement les taux monétaires grâce à des reprises de liquidités. Pis, Il semble cette fois-ci, qu’il n’y a plus d’emprunteurs sur le marché. L’offre excède de loin la demande. Les traders ne savent plus où placer les fonds dont ils disposent.
À l’origine de cette situation, le Trésor n’a adjugé la semaine dernière que 100 millions de DH pour un montant proposé de 5,57 milliards de DH. Mais à y regarder de près, ce n’est que la goutte qui a fait déborder le vase. Cette situation de sur-liquidité du marché trouve son origine dans la concomitance de plusieurs événements intervenus au courant de l’année 2001.
Il y a eu d’abord des variables exogènes au marché tels l’encaissement en février 2001 du fameux chèque Vivendi (23,4 milliards de DH) ou encore les transferts massifs des Marocains résidents à l’Étranger durant le dernier semestre 2001 et le premier trimestre 2002.
Les facteurs endogènes, eux, ont trait à la crise de liquidité qui a caractérisé le marché monétaire au courant du premier trimestre 2001. Une situation qui a été occasionnée, rappelons-le, par les levées massives du Trésor, en partie pour les besoins de fonctionnement de l’Etat et pour octroyer des fonds au CIH pour son plan de redressement. Les taux ont ainsi augmenté jusqu’à atteindre un plus haut de 6,75%.
Pour contrecarrer cette situation, la banque centrale a dû prendre certaines dispositions réglementaires pour influencer les conditions de marché. Elle a baissé à plusieurs reprises ces taux directeurs et a changé le mode de gestion de la réserve monétaire. Mais aussi en usant de ces instruments de régulation monétaire, l’institution d’émission a injecté de la monnaie centrale et a effectué fréquemment des opérations d’Open Market (achat ou vente de titres) sur le marché.
Ces facteurs ont conforté, directement ou indirectement, les situations financières des banques, pièces maîtresses de l’échiquier marché monétaire. De même qu’ils ont alimenté le manque de visibilité de tous les intervenants sur les conditions futures du marché. Les traders et les gestionnaires de la place préféraient dès lors orienter leurs placements vers des maturités court-terme.
Notons au passage que la situation actuelle du marché impactera certainement les performances des fonds monétaires gérés par des sociétés de gestion de la place. Ces dernières comptent en effet en grande partie sur les plus-values dégagées par les opérations temporaires sur titres qu’elles effectuent pour en maximiser les performances.
Aujourd’hui, le système monétaire marocain est en autofinancement. C’est en effet l’objectif que souhaitent atteindre les autorités de tutelle, puisqu’ils veulent influencer les variables qui déterminent directement le coût de l’argent des banques afin qu’elles baissent les taux débiteurs pratiqués. Mais, il semble que ces dernières, mise à part les initiatives timides de quelques grandes banques de la place, ne veulent guère jouer à ce jeu.
Pseudo-prudence oblige. Les établissements de crédit font du sur-place et préfèrent perpétuer leurs pratiques. Les autorités monétaires nationales sont de ce fait loin de gagner leur pari.

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