Maroc-France : Nouveau tournant

Maroc-France : Nouveau tournant

«Les rapports entre le Maroc et la France ont désormais tendance à se professionnaliser, avec des réalisations effectives et des projets concrets». Dixit Driss Jettou. Le constat du Premier ministre marocain, fait lors d’un point de presse à l’issue des travaux de la sixième réunion de haut niveau qui a eu lieu les 4 et 5 juillet et largement partagé par son homologue français, s’apprécie sur le terrain. Le Maroc et la Russie sont deux priorités de la politique étrangère française ; Le rapport avec ces deux pays est appelé à se hisser au niveau des relations privilégiées que Paris entretient depuis longtemps avec l’Allemagne et le Portugal.
Nouveauté, les relations entre les deux pays ne resteront plus au stade des gouvernements, mais toucheront également les organismes et acteurs non-gouvernementaux, composés d’ONG, des collectivités locales et de la communauté des affaires.
A l’avenir, il est question d’intégrer également trois autres composantes que sont l’éducation, la formation et l’université. Un processus qui sera entamé dès l’année prochaine.
L’élargissement entamé lors de la précédente réunion de la commission mixte où quatre volets avaient été au coeur des discussions entre les deux parties. Il s’était agi d’abord de la mise à niveau de l’économie marocaine, de la promotion des investissements français au Maroc, mais aussi, et surtout, de l’aide française au développement du pays. Une aide qui transite dans sa quasi-globalité par l’Agence française de Développement (AFD) et qui revêtait un caractère annuel, avec, en prime, une moyenne d’aide de l’ordre de 50 millions d’euros/an. C’est à la fois sur la durée de cette programmation et son montant que le plus gros du travail a été fait. Cette ligne d’aide, et après une série de réunions et un processus long de négociations, a non seulement été doublée pour atteindre les 100 millions d’euros par année, mais sa programmation est désormais programmée sur trois ans. «Cela constitue pour nous un plus extraordinaire dans la mesure où ça nous permet de traiter l’ensemble des dossiers avec une vision plus globale, et non plus par à coups», déclaré Jettou lors de ce point de presse. Autre apport, la quasi-totalité, à peu près 90% , de cette enveloppe est allouée au renforcement de la politique de proximité du Maroc. Quelque 80% du montant global sont d’ores et déjà programmés dans des programmes comme le logement social, qui bénéfice d’un apport de 50 millions d’euros, le désenclavement des zones rurales et la construction de routes, avec le même montant, la santé, qui va bénéficier d’une opération ciblée et concentrée sur 12 centres hospitaliers, la formation, l’éducation de base et l’électrification rurale. « Il est beaucoup plus facile pour nous de lever des crédits pour des travaux d’infrastructure, comme le projet Tanger-Med ou le programme autoroutier, ces différents projets étant porteurs sur le plus économique. La difficulté a toujours résidé dans les projets à portée sociale et de proximité », a expliqué le Premier ministre.
L’enjeu était donc, et d’abord, de trouver l’appoint nécessaire à la politique sociale de l’Etat et ensuite d’amener la France à se joindre à cette démarche pour faire en sorte que cette programmation soit glissante sur encore trois année, une fois la première programmation 2004-2007 consommée. Le but n’est autre que de donner de la profondeur et de la continuité à ce vase chantier.
Atout principal du Maroc, et comme l’a expliqué le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, «le Maroc est l’un des rares pays à programmer les aides qui lui sont destinées et de façon aussi efficace». S’expliquant sur ce constat, Driss Jettou a déclaré que « la difficulté en matière de financement n’est jamais le financement en lui-même.
C’est la nature du projet, sa capacité à être bancable, qui détermine s’il peut, ou non, être financé». Mais il n’en reste pas moins qu’un autre challenge doit être relevé par le Maroc, celui de la mise en oeuvre des politiques tracées. M. Jettou a relevé, à cet égard, que le Maroc est encore loin du degré de rapidité et d’efficacité escompté en matière d’exécution de projets. «dans les pays qui se respectent, la moyenne d’exécution des projets ne dépasse que très rarement 2 à 3 ans. Au Maroc, cette durée est de 9 à 10 ans».
Insistant sur l’élément temps, le Premier ministre a ajouté, histoire de joindre les actes aux paroles, que « tous les grands projets inscrits dans la déclaration gouvernementale sont en chantier. Quelques 386 kilomètres, sur un total des 400 annoncés, sont en cours d’exécution, idem pour les logements sociaux, pour lesquels on se bat aussi bien en matière du foncier que pour changer les mentalités ou encore avec les banques. La recapitalisation du CIH entre dans cette même perspective, cette banque étant un outil étatique pour mener à bien cette politique». Car, et comme il l’a bien dit, le jour où le Maroc aurait atteint ses objectifs dans les délais fixés, à savoir avant les élections de 2007, cela voudra dire qu’il aura appris à maîtriser et gérer le temps.

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