Maroc-Turquie : Un accord difficile

Parmi la péliade d’accords de libre-échange signés par le Maroc, celui avec la Turquie est, assurément, le plus controversé. Déjà, le faux-départ enregistré suite au désaccord entre le ministère des Affaires étrangères et celui du Commerce extérieur n’était pas un bon présage. Désormais, ce sont les opérateurs économiques qui montent au créneau. La compétitivité turque dans plusieurs domaines devait être, selon eux, mieux prise en compte. L’industrie agroalimentaire est en tête des secteurs qui auront à pâtir de cet accord. Celle du Bâtiment et Travaux Publics n’est pas en reste. Sa signature est attendue le mercredi 7 avril prochain à Ankara, a annoncé vendredi le ministre d’Etat turc chargé du Commerce extérieur, Kursad Tuzmen.
« La signature d’un accord de libre-échange avec le Maroc marquerait un pas important sur la voie de l’ouverture de la Turquie sur les pays de la rive sud de la Méditerranée », a indiqué Kursad Tuzmen, précisant que le Maroc est le premier pays d’Afrique du Nord avec lequel la Turquie signe un accord de libre-échange.
M. Tuzmen a également souligné que la signature de cet accord est à même de développer les opportunités d’investissement entre les deux pays.
Cet accord sera signé lors de la 8-ème session de la Commission économique mixte maroco-turque prévue du 5 au 8 avril à Ankara. Elle sera présidée, du côté marocain par le ministre du Commerce extérieur, Mustapha Mechahouri, et du côté turc par le ministre du Tourisme et de la Culture, Kemal Unakitan.
Cette commission sera l’occasion de dresser le bilan de la coopération entre le Maroc et la Turquie dans divers domaines et d’identifier les créneaux porteurs pour renforcer cette coopération en vue de l’inscrire dans le cadre de la nouvelle dynamique qui découlera de l’accord de libre-échange.
La quantification des impacts du libre-échange s’avère être un exercice extrêmement délicat étant donné que les modèles du commerce international ne peuvent prendre en considération les transformations du tissu productif, les changements de comportement des opérateurs économiques ou encore les effets exogènes générés par l’évolution de l’environnement international.
Cependant, le travail fait par les équipes de la BMCE Capital donne une première analyse. Ce travail permet de souligner les grandes lignes des conséquences de l’ouverture de l’économie marocaine.
Sur le plan macroéconomique, l’effet positif sur la croissance demeure conditionné, à moyen et long termes, par la polarisation de capitaux étrangers importants et par la réussite de la mise à niveau de l’économie productive, précisément le tissu industriel.
Selon les analystes de la BMCE Capital, ce potentiel serait probablement soutenu par le développement des échanges agricoles escompté par l’entrée en application de l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis d’Amérique. Les effets compensatoires du déséquilibre des finances publiques exigent, pour leur part, que la croissance économique soit accompagnée d’un élargissement de l’assiette imposable, d’une modernisation de l’Administration des Impôts et de l’assainissement des dépenses budgétaires.
Enfin, estiment les analystes, l’impact favorable du libre-échange sur le solde commercial reste conditionné par le renforcement des structures productives de l’économie marocaine orientées vers l’export.
Quant aux opérateurs locaux, ceux-ci seraient confrontés à une forte concurrence de la part des pays d’Asie et ceux de l’Europe centrale et orientale, lesquels disposent de nombreux avantages comparatifs. Cette ouverture menace plus encore les secteurs dont la part des importations demeure limitée, le taux de protection tarifaire est élevé et le degré de compétitivité est faible. La spécialisation actuelle du Maroc risque de le desservir dans la compétition internationale à laquelle il aura à se mesurer.

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