Mauvais scénario pour Marrakech

Mauvais scénario pour Marrakech

Marrakech est bien placée pour abriter en juin 2006 L’International Indian Film Academy. Il s’agit d’une géante cérémonie de remise d’oscars qui attirera pendant cinq jours plus de 15.000 visiteurs, acteurs, producteurs, réalisateurs et représentants de la presse. Les regards des pays du monde entier et en particulier ceux du sud-est asiatique, de la Chine et de l’Inde en particulier, seront rivés sur la première destination touristique du Maroc.
C’est le maire de la ville, Omar Jazouli en personne qui s’est déplacé à Amsterdam où s’était tenue la dernière manifestation du genre pour présenter la candidature de Marrakech. Depuis, celle-ci a bien évolué. Après trois repérages, le suffrage des organisateurs indiens a résolument penché vers les charmes de la ville ocre, au détriment de Barcelone, sérieux candidat à l’organisation, toujours en embuscade.
Le  maire de l’UC pensait alors que  le plus dur était fait. C’était mal connaître les lourdeurs administratives et les calculs des uns et des autres.  Des 24 conditions posées par les Indiens pour venir à Marrakech, cinq à six points manquent toujours à l’appel : «J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir en tant que maire de Marrakech. Il reste désormais cinq à six points auxquels je ne peux satisfaire tout seul. Nous avons contacté plusieurs partenaires du tourisme tel que l’ONMT. Pas de réponse officielle jusque-là».
Les nombreuses assurances verbales du ministère du Tourisme – qui rappelons-le voudrait positionner le Maroc vers les pôles émetteurs touristiques que sont devenus ces pays du sud-est asiatique, n’ont pas été sanctionnées par une réponse écrite. D’autres institutions traînent aussi des pieds.  Du coup, Omar Jazouli menace de tout laisser tomber : «Il ne reste plus que cinq mois d’ici juin. Les organisateurs veulent avoir une réponse claire. Je serais obligé de la leur donner lundi. Nous risquons de passer à côté d’un grand événement». Seul soutien accordé au maire jusque-là, celui non moins significatif du comité exécutif du Conseil régional du tourisme, lequel s’engage pour la réussite de l’événement».
Les conditions posées ne sont pourtant pas insurmontables. Le budget est estimé à 40 millions de dirhams. Une misère par rapport au résultat escompté. La manne financière qu’un tel événement pourrait rapporter est colossale. Les retombées sont évaluées au bas mot à 13 millions de dollars. Ce qui explique d’ailleurs la longue liste de villes candidates à l’accueil de l’événement. Pour l’hébergement des officiels, 600 chambres d’hôtels seront nécessaires. En tout, ce seront 12 000 à 15 000 chambres qui seront occupées durant les cinq jours que durera l’événement.
Pour surmonter l’aspect pécuniaire, le maire s’est adressé à de grosses cylindrées comme l’Office chérifien des phosphates (OCP), institution dont l’intérêt pour le pays de Ghandi est facilement appréciable au vu de ses volumes d’exportations,. A ce niveau aussi, les échos sont favorables, les assurances verbales certaines. Mais aucun engagement écrit. Autre institution sollicitée dans ce cadre, la Royal Air Maroc, dont l’un des slogans– transporteur du tourisme national – n’est pas usurpateur. Selon les échos, environ 600 titres de voyages gratuits seront nécessaires pour le déplacement des super-stars hindiennes. Là aussi, nous assure-t-on à la mairie de Marrakech, pas de problèmes. Les discussions sont en cours.
Troisième à être sollicité (comme nous l’avons dit ci-haut), l’Office national marocain du tourisme. Le responsable en chef de la promotion du produit Maroc à l’étranger traîne des pieds, ignorant sans doute la force touristique de l’Inde en tant que pôle émetteur. Grand  rival des USA, ce pays présente une capacité de tournage à l’extérieur d’environ 125 millions de dollars par an. Une opportunité pour les studios de cinéma de Ouarzazate et pour Marrakech.  Contrairement à l’aspect financier, l’hébergement ne pose pas de problème. La ville ocre compte 28 374 lits classés, y compris les maisons d’hôtes. Côté transport, des détails sont à régler. Les Indiens souhaitent suffisamment de limousines pour assurer les phases de transferts entre l’aéroport et les hôtels.
Le cahier de charges des Indiens présente 30 conditions à satisfaire. Marrakech en remplit 25. Parmi les points encore en discussion, les problèmes de l’assurance et de la taxe douanière. Bibelots et camelote pour stars devront être affranchis à un taux compétitif.
 La manifestation s’inscrit de par les retombées escomptées dans le sillage de la conférence du Gatt en 1994, du congrès de General Motors en 1997, de la COP 7 (changement climatique en 2001) et l’ABTA en 2005.

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