Mohamed Hommani : «Le Label Maroc n’avait aucun impact positif»

ALM : À l’UNICOP, comment trouvez-vous cette décision de retrait du label Maroc à sept conserveries ?
Mohamed Hommani : Ce retrait est tout à fait normal puisqu’il est fait dans le respect de la législation et la réglementation en vigueur. Par ailleurs, les sociétés qui en étaient attributaires s’y attendaient depuis un moment, malgré plusieurs réunions organisées par le ministère habilité pour convaincre ces sociétés de continuer. Ce qui dérange, c’est l’amalgame produit par la publication dans l’esprit des consommateurs et qui peut nuire injustement à un produit national dont la réputation dépasse nos frontières. Il faut savoir que les labels ou signes d’identification sont développés pour récompenser les producteurs respectant des normes de production ou pour distinguer un produit parmi les autres. Ils peuvent garantir la qualité ou l’origine d’un produit. Et à ce titre, un label ne vaut que pour son impact et sa pénétration auprès des consommateurs d’une part et la valeur ajoutée qu’il procure aux producteurs d’autre part.  La question qui se pose : Pourquoi seulement 7 conserveries étaient titulaires du Label Maroc alors que les 40 que compte le secteur étaient et sont toujours titulaires de plusieurs labels étrangers difficiles à obtenir ? La réponse est toute simple. Le Label Maroc n’avait malheureusement aucun impact positif.

Vous dites que la production de ces établissements est destinée à près de 90 % à l’exportation. Quel est l’effet de ce retrait du label Maroc sur la commercialisation ?
Le secteur de la conserve de poissons au Maroc compte aujourd’hui 40 établissements opérationnels qui sont groupés en 30 sociétés dont deux sont cotées en Bourse. Toutes ces unités sont agréées par le département des Pêches et par les services vétérinaires de la direction de l’Elevage qui représentent l’autorité compétente pour l’Union européenne. Le secteur de l’industrie de la conserve, avec un chiffre d’affaires d’environ 4 milliards de dirhams (dont plus de 80% à l’export), assure plus de 25.000 emplois directs (soit plus de 70 % des emplois des différentes filières à terre) et 100.000 indirects. En effet, la production de ces établissements est destinée à près de 90 % à l’exportation. Pour être éligible à exporter, il faut remplir des conditions draconiennes depuis l’infrastructure, les équipements jusqu’au processus de fabrication en passant par l’hygiène des locaux et du personnel. Ces conditions sont contrôlées régulièrement par des organismes nationaux et des organismes internationaux dont l’UE et le FDA des USA. Le retrait du Label Maroc n’a aucun effet sur la commercialisation, car il n’était ni reconnu, ni considéré par les clients étrangers qui exigent d’autres labels et certifications tels que l’International Food Standard (IFS), le British Retail Consortium (BRC) qui est une organisation anglo-saxonne représentant les intérêts des distributeurs britanniques de produits agroalimentaires, l’European Food Safety Inspection Service (EFSIS) et le Programme de gestion de la qualité du Canada (PGQ). En ce qui concerne le marché national, comme lors de son attribution, le retrait du Label Maroc n’a eu aucune incidence.

Unimer n’a plus le droit d’apposer le Label Maroc sur ses produits fabriqués dans son usine à Safi. Cette société possède une autre usine à Agadir qui n’a pas fait l’objet de la même décision. Pourquoi ?
À mon sens c’est une omission, pour ne pas dire incohérence, de la part du ministère de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, car c’est la société qui en est titulaire et le retrait comme l’attribution concerne toutes les unités appartenant à la société. Le plus étonnant, c’est que dans le Bulletin officiel où les retraits ont été publiés, on trouve, à la page 430 une décision ministérielle concernant une société qui se voit attribuer le certificat NM ISO 9001 en vue de la recherche de la qualité et de l’amélioration de la productivité. Et à la page 434, on trouve une décision ministérielle portant retrait de l’usage du label pour un établissement de cette même société !

Le secteur compte 40 unités dont 7 uniquement qui avaient le Label Maroc. Vous dites qu’une conserverie avait saisi en 2007 officiellement le ministère pour lui signifier sa volonté de laisser tomber le Label Maroc. De qui s’agit-il au juste ? Et pourquoi ?
Il faut signaler, qu’à l’international, rien n’a été fait pour que le Label Maroc soit reconnu. Pour des établissements exportateurs, la reconnaissance internationale a une importance primordiale et si les clients n’y prêtent aucune attention, l’abandon du dit label était prévisible. Le double objectif recherché à travers un label, à savoir l’impact auprès des consommateurs et la valeur ajoutée pour les producteurs, était loin d’être atteint par le label octroyé par le ministère de l’Industrie, du Commerce et des Nouvelles technologies, raison pour laquelle les conserveries ne le cherchaient plus. Plus encore, la société Belma à Agadir avait saisi officiellement le ministère par courrier en date du 10 juillet 2007 (en réponse au fax n° 480/07 du 14 juin 2007 du ministère), pour lui signifier sa volonté de laisser tomber ledit Label.
Dans la démarche de labellisation, l’unité de production ainsi que le ministère ont des droits et des devoirs.

Pourquoi ces 7 conserveries ne voulaient plus de contrôle et d’analyse réguliers pour pouvoir continuer à afficher le Label Maroc ?
Il n’est pas exact que les 7 conserveries ne voulaient plus de contrôle et d’analyse réguliers pour pouvoir continuer à afficher le Label Maroc. Les titulaires du label voulaient que les audits pour le label tiennent compte des différents contrôles et analyses effectués à des fréquences plus élevées et plus régulières, à longueur de l’année, par des services officiels. Il était anormal qu’un produit (une huile importée par exemple) qui vient d’être contrôlé par les services de la répression des fraudes et analysé dans un laboratoire officiel, subisse les mêmes contrôles et le même laboratoire une semaine après. Cette situation engendre des chevauchements, des redondances et des dépenses supplémentaires inutiles. Mais plus que cela, le désintérêt des conserveurs n’était pas dû aux dépenses, il était dû à l’impact nul du Label Maroc. Sinon, comment vous expliquerez leurs recherches des labels beaucoup plus difficiles et plus chers à obtenir !

Pour sa part, pensez-vous que le ministère a accompli sa mission de communication et de promotion du Label Maroc?
Au moment de son lancement, il était convenu que le département responsable entreprend des campagnes de publicité et de promotion pour le faire connaître chez le consommateur national dont le niveau de consommation en poisson sous toutes ses formes n’atteint pas les 10 Kg par habitant et par an ! Chose qui n’a pas été réalisée pour des raisons qui sont, peut-être, indépendantes de la volonté des responsables. Par ailleurs, à l’international, rien n’a été fait pour que le Label Maroc soit reconnu. Pour des établissements exportateurs, la reconnaissance internationale a une importance primordiale.

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