Mohammed Abbou: «Le déficit serait globalement maîtrisable»

Mohammed Abbou: «Le déficit serait globalement maîtrisable»

Entretien avec Mohammed Abbou, ministre délégué chargé du commerce extérieur

Le positionnement du Maroc au niveau international a connu ces dernières années un changement important, en faveur de la diversification des marchés.

ALM : Après une embellie des exportations à fin 2015, la balance commerciale penche depuis le début de l’année en faveur des importations engendrant une aggravation du déficit commercial. Comment expliquez-vous cette trajectoire ?

Mohammed Abbou : Effectivement, la balance commerciale de biens et services s’est soldée par un déficit de près de 52 milliards de dirhams à fin juin 2016, avec une hausse de 15% un an auparavant, et un taux de couverture de 76,1%, en perte de 1,8 point. De même, la balance commerciale de biens a vu son déficit augmenter de 7%, en s’établissant à près de 85,6 milliards DH à fin juin 2016 et environ 103,6 milliards DH à fin juillet 2016, avec un taux de couverture de 55,8% au lieu de 56,9% à la même période de 2015.
Cette situation s’explique par un retournement de conjoncture en faveur des importations de biens, dont le rythme de progression dépasse celui des exportations de biens, avec des taux de croissance respectifs de 4,8 et 2,7%, à fin juillet 2016.

Quelle lecture faites-vous de l’évolution des importations et exportations ?

L’augmentation des importations a été engendrée d’un côté, par la hausse de celles  de biens d’équipement et de demi-produits qui ont connu des hausses respectives de 21,7 et de 7,1%, ce qui augure de la dynamique d’investissement et d’exportation caractérisant certains secteurs, tels que les énergies renouvelables, l’automobile, l’aéronautique, l’agroalimentaire et les infrastructures ferroviaires, etc.
D’un autre côté, les importations de produits alimentaires et de biens finis de consommations ont connu des progressions respectives de 15,5 et 15,2%, en raison notamment de la hausse des importations des voitures de tourisme (+45%), grâce, entre autres, aux promotions incitatives et aux conditions de crédit favorables. Pour les importations des produits alimentaires, la hausse provient essentiellement des approvisionnements en blé et orge qui se sont chiffrés respectivement à 7,6 et 1,3 milliard DH, contre 6,2 et 0,5 milliard de dirhams à la même période de l’année 2015, en raison de la baisse drastique de la production céréalière au titre de la campagne agricole actuelle.  En dépit d’une conjoncture mondiale en ralentissement, les exportations ont gardé leur tendance haussière, en particulier pour les métiers mondiaux du Maroc, en l’occurrence l’automobile (+19%), l’aéronautique (+9,3%) et l’électronique (+4,4%), de même que l’agro-industrie et le textile, dont les exportations ont enregistré des croissances respectives de 7,1 et 4,9%. Toutefois, les exportations des phosphates et dérivés, qui constituent près de 18% de nos exportations totales, ont marqué le pas, avec une régression de près de 8%, à fin juillet 2016.

Le Maroc peut-il réduire son écart commercial et boucler l’année avec un déficit résorbé ?

Globalement, le déficit serait maîtrisable. A part la hausse de la facture alimentaire qui sera impactée par la baisse de la production céréalière et les biens finis de consommation qui profitent des conditions de crédit favorables, la tendance des autres postes de la balance commerciale ne s’écarterait pas beaucoup de leur tendance actuelle. En plus, la facture énergétique continuerait à s’inscrire dans sa tendance baissière, en raison des conditions de l’offre et du ralentissement de la croissance dans les pays émergents.
De même, les exportations garderaient leur trend haussier, notamment en ce qui concerne les métiers mondiaux du Maroc, hormis les phosphates et dérivés dont les cours mondiaux stagnent, voire baissent pour le dioxyde acide phosphorique (DAP).

Quelles sont les mesures à prendre pour garantir un exercice commercial performant ?

En fait, le gouvernement en général et le ministère chargé du commerce extérieur en particulier poursuit son plan d’action en faveur des exportations, à travers les plans sectoriels qui apportent un appui substantiel au développement de l’offre exportable, notamment le plan d’accélération industrielle dans le cadre des écosystèmes déjà mis en œuvre ou ceux en cours d’adoption. Il en est de même du Plan Maroc Vert.
En plus des plans sectoriels, les plans horizontaux maintiennent également leurs appuis en faveur du commerce extérieur, en l’occurrence le Plan national de développement des échanges commerciaux (PDEC) 2014-2016, qui accorde une place de choix au développement et à la promotion des exportations.
Dans ce cadre le ministère continue de soutenir les entreprises avec le déploiement des programmes d’appui aux exportations et prépare d’autres programmes visant à élargir la population des entreprises exportatrices. La restructuration institutionnelle qui est en train d’être mise en œuvre, à travers la fusion de Maroc Export avec l’AMDI et l’OFEC vise à rendre plus efficace notre politique de promotion sur les marchés internationaux.
Ces appuis se sont confirmés parmi les priorités accordées aux exportations dans la note de cadrage au titre du projet de loi de Finances 2017.

Quelle place occupe le Maroc sur la carte commerciale mondiale ?

Le positionnement du Maroc au niveau international a connu ces dernières années un changement important, en faveur de la diversification des marchés. Bien que l’Europe constitue la destination de nos exportations, sa part est passée de 76% en 2007 à 69% en 2015. Cette diversification s’est opérée essentiellement à destination de l’Afrique qui s’est érigée en priorité dans les actions d’accompagnement des opérateurs économiques marocains à l’international. De ce fait, la part des exportations marocaines vers le continent africain a presque doublé en moins de 7 ans, en passant de 5% en 2007 à 11% en 2015. De même, nos exportations vers l’Asie et l’Amérique se sont améliorées, avec des parts respectives de 11 et 8%, notamment à destination des États-Unis d’Amérique, l’Inde, Chine, Japon et Arabie Saoudite.

Commercialement parlant, où résident les points forts du Maroc ?

Durant les dernières années, le Maroc a pu développer ses avantages compétitifs, tant en ce qui concerne la diversification de l’offre exportable que l’amélioration de l’environnement des affaires.
Cette dynamique provient non seulement de la compétitivité de l’offre marocaine, notamment dans le cadre des nouveaux secteurs faisant partie des métiers mondiaux du Maroc, mais aussi, en raison du renforcement des infrastructures portuaires aéroportuaires et routières ce qui allège les coûts logistiques et valorise le positionnement géographique du Maroc.

De même, l’environnement des affaires s’est significativement amélioré, notamment par la dématérialisation des procédures des échanges commerciaux, à travers la nouvelle plate-forme du guichet unique «PortNet».
En outre, il ne faut pas omettre le savoir-faire marocain et son expérience dans le domaine du commerce mondial, étant parmi les premiers pays de la région à opter pour l’ouverture et l’intégration à l’économie mondiale. Cela nous a permis de réaliser des réformes audacieuses en matière réglementaire et institutionnelle, avec une trame d’accords de libre-échange qui permettent l’accès à un marché potentiel de plus de 1 milliard de consommateurs et l’accès au Statut avancé avec notre principal partenaire qui est l’Union européenne.

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